Archives de tags | Picasso

Ma France

Ma France

de Jean Ferrat ( un petit clin d’oeil à mes amis-es de la France)

 

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu’il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien
Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu’elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l’avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France

900e article : Assister à une séance de nu artistique

new-image23

900e article :

Assister à une séance de nu artistique 

Introduction

Bien le bonjour tout le monde,

new-image10Vous savez que cela fait presque six ans que je publie de manière assidue sur mon blogue artistique lequel est consacré à ma passion en tant que modèle nu pour des écoles d’arts tant à Québec qu’à Montréal sans oublier les artistes professionnels ou amateurs. Une véritable passion qui est devenue presque une philosophie de vie tellement cela m’a permis de m’épanouir tant au plan de l’art que celui de l’amitié. En effet, le fait d’être un modèle nu a favorisé la création de liens amicaux avec bon nombre d’artistes avec qui la chance de poser nu fut une véritable bénédiction. Une bénédiction pour laquelle je ne cesserai jamais de rendre grâce à Dieu, ou à la vie en général si vous préférez, tellement lesdites séances ont été riches à la fois en émotions mais aussi en créativité.

J’ai publié bon nombre d’articles au sein de ce blogue dont plusieurs ont pour thématique, autre que le nu artistique, la poésie et la photographie tout en évitant de mettre l’accent sur la cause de ma situation physique. J’adore la poésie puisqu’elle favorise la transcendance de l’âme sur le corps nu permettant ainsi au plus profond de mon être de s’exprimer de manière tout à fait libre. Pour ce qui est de la photographie, cette dernière me permet de voir la beauté du monde qui m’entoure en saisissant l’instantanéité du moment présent. Chaque seconde de notre existence éphémère possède une valeur inestimable, tel que le raconte la légende de chronos qui mangeait ses enfants aussitôt nés, puisqu’elle ne reviendra jamais. Voilà pourquoi le domaine de la photographie occupe également une place importante dans mon quotidien. Il va de soi que de voir le monde avec mes yeux me porte à prendre, dans une mesure moindre, la place de l’artiste lors d’une séance de nudité artistique. Voir, être vu et exprimer sont les leitmotivs de mon parcours artistique au sein de ce blogue lequel est devenu mon enfant chéri.

Or, je n’ai jusqu’à aujourd’hui jamais rédigé un article où je décrivais une séance de nudité artistique en privée, ni de vous permettre de voir ladite séance avec vos propres yeux comme vous y étiez. Une telle présentation me semble être un pré requis pour saisir toute la subtilité qui se cache derrière le tableau où l’artiste se trouve. Autrement dit, le fait voir de ses propres yeux une telle séance favorise une démystification qui entoure, un peu comme une aura, le lien qui existe entre d’une part, l’artiste qui se trouve derrière le tableau et, d’autre part, le modèle vivant qui lui offre son corps nu afin d’y découvrir ce qui est caché à l’œil du commun des mortels.

Voilà donc le thème de ce 900e article, c’est-à-dire assister à une séance de nu artistique comme si vous y étiez. Bien entendu que la longueur du texte, la qualiténew-image19 des vidéos et le nombre de photos alloué pour un tel article doivent être pris en considération dans la rédaction et la publication de cet article. Néanmoins, pouvoir le faire est fort probablement le meilleur moyen qui témoigne bien à tel point mon sens professionnel est connu et reconnu au sein du milieu artistique. Je tiens en terminant cette introduction, à remercier madame Marie-Josée Lebel artiste-peintre pour sa participation lors de la séance qui a eu lieu chez elle. Une telle collaboration a rendu possible la réalisation de mon 900e article. Certes, il s’agit bien du 900e mais ce n’est pas le dernier. Je me le promets solennellement.

Première partie :

La préparation

 

Pour être franc avec vous, la préparation d’une telle séance a eu lieu un vendredi new-image12soir lors de ma rencontre avec Marie-Josée Lebel à une exposition artistique dans un atelier situé près de chez-moi. Voyant le pétillement dans ses yeux pendant qu’elle me parlait avec un amour inconditionnel pour son art et son grand talent, je fus dans l’incapacité de me retenir de lui parler de ma propre passion en tant que modèle nu même si elle avait déjà visionné mon blogue artistique à l’occasion de la publication de mon poème inspiré de l’une de ses œuvres. Une œuvre qui m’a incité à en savoir plus sur cette artiste remarquable. C’est ainsi que de fil en aiguille l’idée de réaliser une séance de nudité artistique pour le transposer au sein de mon blogue, en y incluant des photos et des vidéos afin de l’agrémenter, pour souligner le 900e article a germé dans l’esprit de votre humble serviteur. Pourquoi alors ne pas le proposer à cette artiste dans l’optique que cela serait d’une utilité commune pour percer davantage dans ce milieu qu’est l’art du nu ? Un milieu tellement méconnu du grand public.

C’est avec joie qu’elle accepta ma proposition et qu’une date a été prise le plus vite possible afin de rendre possible la rédaction du présent article dans un temps raisonnable. Nous avons donc convenu d’un commun accord que la séance aurait lieu jeudi le 15 septembre à la demeure même de cette artiste, et ce en après-midi. Il est important de prendre en considération que nous voulions rendre notre rencontre la plus cordiale qui soit. Après tout, la vie est tellement courte qu’il est préférable de ne pas la prendre trop au sérieux puisque, avouons-le, personne s’en sorte vivant. N’est-ce pas ?!

Quelques mots me semblent être appropriés pour vous décrire ce que j’ai ressenti en voyant les œuvres de Marie-Josée exposées à l’atelier d’arts La Méduse de Québec. new-image18En premier lieu, j’ai été impressionné par la variété des couleurs de ses œuvres. Des couleurs qui révèlent sa créativité hors des sentiers battus, du moins à ce que j’ai été habitué de voir jusqu’à maintenant. En second lieu, son œil artistique m’a vite fait penser à l’illustre Picasso tellement les angles avec lesquelles elle va chercher l’originalité dans sa vision des choses lui ressemblent tout en ayant une touche qui lui est tout à fait personnelle. En dernier lieu, ces œuvres m’ont également amené à voir mon corps comme une œuvre unique en son genre où un œil averti pourrait lui en extirper une certaine forme propre au courant dit « impressionniste ». Pourquoi ne pas tenter l’expérience ? Après tout, qui ne risque rien, n’a rien. Qu’en pensez-vous ?

Enfin bref, toutes les pièces du puzzle furent positionnées afin de réaliser une séance de nudité artistique pouvant servir à réparer une certaine carence au sein de mon blogue artistique, c’est-à-dire de vous faire vivre presque en directe un telle séance. Fait rarissime sur mon blogue. Le 900e article me semblait donc être tout indiqué dans l’ordre des choses. Néanmoins, et par un souci de transparence et de rigueur intellectuelle, je suis dans l’obligation de vous avertir que certaines vidéos pourraient ne pas convenir à tout le monde, même si aucune vulgarité n’y est dévoilée. Bien au contraire !

Deuxième partie :

Être nu dans le regard de l’autre ?

Une question d’ordre esthétique et d’authenticité

 

Poser nu est loin d’être chose acquise ! Je parle en toute connaissance de cause puisque d’une part, une acceptation pleine et entière de son corps est un pré requis afin d’être capable de supporter le regard de celui, ou de celle le cas échéant, avec qui je travaille. Un regard qui se veut être harmonieux et empreint de respect. Et, d’autre part, l’aptitude à transgresser d’une certaine manière la pseudo moralité selon laquelle rien de son corps, en particulier son intimité, ne doit être dévoilé à autrui. Affirmation que je ne peux supporter car la beauté se trouve, pour reprendre une expression populaire dans le milieu artistique, dans le regard de celui qui regarde.

Tout ceci pour vous expliquer que la séance de nudité artistique à laquelle Marie-Josée et votre humble serviteur s’est déroulée selon les normes en vigueur dans le milieu artistique. Oui, j’étais entièrement nu devant cette artiste-peintre. Oui, nous avons profité de l’occasion pour échanger sur divers sujets. Oui, nous avons eu du plaisir à réaliser une telle séance. Et, enfin, oui, nous avons eu l’idée d’immortaliser certaines scènes de ladite séance afin d’atteindre l’objectif principal du présent article, c’est-à-dire de vous donner un bel aperçu comme si vous y étiez présents.

C’est ainsi que par un vendredi en après-midi du mois de septembre, Marie-Josée Lebel et moi-même nous nous sommes rencontrés dans son appartement, qui lui sert aussi d’atelier, afin de vivre une expérience unique dans mes annales. Rien a été laissé au hasard pour rendre notre expérience à la fois vivante et chaleureuse. En effet, vin rouge pour l’artiste-peintre et vin blanc dé alcoolisé pour son modèle ainsi que de la musique d’ambiance étaient au rendez-vous, sans oublier tout le matériel requis pour réaliser les peintures, bien entendu.

Il va de soi qu’après l’accueil et quelques instants de détente, il était impératif de commencer la séance le plus rapidement que possible. Quelles poses devrais-je prendre ? Et pourquoi donc ? Dans telle optique ? Créations en couleurs ou bien seulement en noir et blanc. Que de questions nous devions répondre dans les plus brefs délais. Après réflexion, j’ai opté de débuter avec une pose debout afin de permettre à l’artiste-peintre de prendre conscience plus aisément de mes proportions physiques après quoi, nous passerons à la pose à laquelle je donne affectueusement l’épithète de « pose du Titanic » en hommage au film du même nom où l’on assiste à une séance de nudité avec un modèle féminin qui possède, avouons-le, un corps de rêve.

J’ai donc commencé par la pose communément appelée dans le jargon artistique du contraposto. Pose qui nous vient de la culture gréco-romaine. Debout sur un pied, à vrai dire un demi-pied, mon genou droit appuyé sur le sofa, je devais rester plus ou moins immobile pendant la première partie de la séance. N’allez surtout pas croire que tout a été orchestré tel un régime militaire. Bien au contraire ! La douce musique du roi du Rock & Roll, Elvis Presley, et le vin qui coulait à flot agrémentèrent allègrement notre session tant et si bien qu’elle passa à la vitesse de l’éclair.

Première étape franchie ? La glace est donc bel et bien brisée pour entreprendre du bon pied la pose dite du « Titanic ». Une pose qui allait permettre à votre humble serviteur non seulement de se reposer, mais aussi parfaire son art car il s’agit-là d’un grand classique dans l’art du nu. Il va de soi que cette scène immortalisée dans le film du Titanic y est probablement pour quelque chose. On ne peut guère en douter. N’est-ce pas ?!

Après quelques instants de répit et de vaquer à d’autres occupations plus personnelles, nous entreprenions la seconde partie de notre séance sous la musique des Beatles. Que pouvions-nous demander de plus dans les circonstances ? Poser la question, c’est y répondre.

Une pose de nu artistique

Une pose de nu artistique: le Titanic

La fameuse pose du Titanic est loin d’être, contrairement à ce que le commun des mortels peut croire, reposante. En effet, le contrôle absolu de chacun de mes membres est un pré requis afin de permettre à l’artiste de réaliser d’abord une copie-conforme de ce qu’il voit et, ensuite, d’en extraire l’originalité présente dans son esprit. C’est un fait ! Les yeux voient, mais c’est l’esprit qui découvre. D’ailleurs, tout repose sur cette dualité regard et esprit dans le milieu des arts visuels.

Ce n’est guère la première fois que cette pose a été réalisée par votre humble serviteur. En effet, et si ma mémoire est bonne, je l’ai déjà utilisée lors d’une séance qui avait eu lieu à l’université du Québec en Abitibi-Tesmiscamingue satellite de Montréal en novembre 2015. Une pose qui avait permis à plusieurs élèves présents de se perfectionner dans ce domaine. Croyez-moi sur parole que bon nombre d’entre eux possèdent un grand talent.

Concentration, respect mutuel et cordialité sont les éléments essentiels dans la recette d’une séance de nudité artistique vécue en privé. Toutefois, et pour vous aider à saisir le contexte dans lequel nous avons, l’artiste et moi-même, travaillé, j’ai cru utile de vous présenter en bas du présent article une courte vidéo. En passant, vous noterez sans aucun doute tout le sérieux que l’artiste a lorsqu’elle accomplie sa tâche. C’est tout à son honneur. N’est-ce pas ?!

Personnellement, j’adore cette pose puisqu’elle possède un certain érotisme empreint de sensualité tout en respectant la vision du nu artistique. Érotisme puisque le corps nu y est totalement dévoilé sans fausse pudeur mais aussi du fait que notre entière vulnérabilité est offerte aux yeux de l’artiste présent. Ce qui est encore plus le cas lorsqu’une telle pose est faite devant un groupe d’étudiants-es en arts. Ici, la confiance entre les parties doit être réciproque et absolue afin de favoriser un bien-être commun.

En résumé, nous avons réalisé deux poses d’une durée d’environ deux heures et demi chacune. Deux poses à la fois fort différentes et complémentaires. Différentes dans leur présentation de mon corps mais complémentaires dans l’angle de vision. Comme un jeu de mots mystères, les plans horizontal et verticale facilitent une compréhension plus adéquate de la vision globale des choses, je dirais plutôt dans le cas présent le sujet étudié, permettant ainsi de trouver l’énigme imperceptible au premier coup d’œil.

 

Dernière partie :

Que penser de cette séance des plus particulières ?

 

Que pouvons-nous penser de cette séance des plus particulières à laquelle vous étiez les bienvenus, et ce en visionnant tant les courtes vidéo que les photos réalisées grâce à mon appareil photo ? Veuillez s.v.p. pardonner la qualité des résultats, j’ai fait mon possible avec ce que j’avais sous la main bien que je puisse en retirer une certaine fierté en tenant compte de mes limites physiques. Que peut-on conclure de mon professionnalisme dans le domaine du nu artistique ? Que peut bien penser l’artiste avec qui j’ai eu la chance de travailler ? Que de questions qui méritent d’être répondues.

Je répondrai à la première question en vous disant ceci : Ce fut pour ma part, une expérience inouïe étant donné son cachet d’avoir été filmée en direct, sans aucun pré arrangement dans nos sujets de conversation et dans une simplicité complète que je qualifierais avec plaisir d’une communion véritable et authentique. Oui, je l’admets sans hypocrisie que certaines photos et vidéos peuvent choquer les personnes non habituées de voir de la nudité, et ce pour des raisons qui les concernent et qui, par conséquent, ne me regardent pas. Une mise en garde, en caractères rouges, a été publiée dès le début de la présentation afin de respecter la moralité en vigueur au sein de nos sociétés judéo-chrétiennes.

Pour ce qui est de la deuxième question, il est nul doute que mon professionnalisme est reconnu par le milieu des arts, et ce tant parmi les artistes professionnels que amateurs et les écoles d’arts. D’ailleurs, bon nombre de reportages furent publiés dans plusieurs médias de masse non seulement au Québec mais aussi en France et même, par l’entremise d’une rubrique sur la magnifique modèle nue connue sous le vocable de Phylactère, dans un magazine d’arts britannique. Mes preuves ne sont donc plus à faire dans l’art du nu.

Que peut bien penser l’artiste avec qui j’ai eu la chance de travailler ? Quoi de mieux que de lui laisser la parole afin de connaître son opinion ? C’est pourquoi l’idée d’enregistrer une vidéo est venue à l’esprit afin d’une part, permettre de ressentir les vibrations qui sortent de cette artiste formidable et, d’autre part, de témoigner de la chaleur qui s’est dégagée tout au long de cette séance. Une séance qui restera gravée en ma mémoire en en mon cœur aussi longtemps que Dieu me donnera la chance de vivre une vie si extraordinaire.

Voici l’entrevue:


Merci infiniment de m’avoir lu et pour une rare fois de m’avoir écouté.

Je vous aime.

RollandJr St-Gelais

Québec (Québec)

Canada

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Le nu dans l’histoire de l’art

Le nu dans l’histoire de l’art

Les artistes de l’Antiquité voyaient le corps humain nu comme le parfait reflet de l’ordre divin. Au Moyen Âge, l’érotisme émanant d’un corps nu était considéré comme un péché. En 1866, Courbet fit scandale avec sa représentation détaillée d’un entrejambe féminin. Ulf Küster raconte l’évolution du nu dans l’histoire de l’art, de l’Antiquité à l’art contemporain.

L'art nu
L’art nu

L’histoire de l’art est celle de la réflexion de l’homme sur lui-même. L’homme visible, authentique, « pur », est l’homme nu, et l’histoire du nu est en grande partie celle d’une interrogation : l’homme peut-il être son propre objet de questionnement artistique ? Entièrement et sans réserve ? En allemand, le nu dans l’art est désigné par le terme « Akt », du latin « actus », qui signifie action, mouvement. En effet, l’un des problèmes récurrents des arts plastiques, somme toute des plus banals, est la représentation du mouvement – chose impossible, évidemment. Si l’on y regarde bien, même les vidéos, les films et les nouveaux médias composés de pixels ne proposent qu’un défilement d’images fixes. Néanmoins, il importe de bien se rendre compte que le nu cherche toujours aussi, quelque part, à donner l’illusion du mouvement, quitte à se contenter d’un mouvement arrêté. Dans le nu, la « pose » est presque aussi parlante que la nudité.

Dans la Grèce antique, dont l’art romain était imprégné, l’homme nu était, dans des attitudes diverses, l’image d’une absolue perfection, le reflet d’un ordre divin. L’idéal du beau développé dans l’antiquité et illustré dans la statuaire prévaut encore de nos jours. Mais il faut bien être conscient que les images de ces femmes délicates et de ces hommes athlétiques, qui ont l’air si naturel, qui dégagent tant d’érotisme, et qui sont à l’origine de notre sens esthétique, ne sont justement que des images idéales construites probablement selon des concepts mathématiques.

Femme nue

Femme nue

À la fin de l’antiquité et au Moyen Age, le réalisme apparent des nus antiques, la régularité de leurs traits et leur pouvoir érotique sont devenus incompatibles avec la religion chrétienne dont l’influence grandit. Hérité du judaïsme, le commandement biblique de ne pas représenter Dieu ni sa création, est bien une interdiction : celle de se mettre à la place de Dieu car Dieu a créé l’homme à son image. Si donc les hommes, comme dans l’antiquité, créent d’eux-mêmes une image idéale, proche de la réalité, ils créent du même coup une image de Dieu, ce qui est considéré comme un blasphème, un acte d’orgueil. En plus de l’érotisme qu’il dégage, le corps nu est honteux et matériel, par opposition à l’âme, immatérielle. Il est donc intéressant de noter qu’au Moyen Age, qui jamais ne s’est soumis à une interdiction absolue de l’image, des nus ont été représentés quand l’exigeait le sujet biblique choisi pour illustrer des manuscrits ou décorer des églises. La naissance d’Adam et Eve ou la représentation des morts, plus précisément des âmes damnées ou sauvées, en sont quelques exemples – mais la ressemblance physique en était volontairement prohibée.

L’étude de l’homme comme objet des sciences naissantes, au sens moderne, la « redécouverte » de l’antiquité à l’époque de la

Modèle nu masculin (circoncis)

Modèle nu masculin (circoncis)

Renaissance, s’est manifestée par une relation nouvelle de l’homme à son corps, par une sorte de retour à l’idéal antique. Pour les artistes, le corps humain devient un modèle. Mais il ne faut en aucun cas oublier que la représentation de l’homme nu était soumise à des règles strictes, ce qui était plus particulièrement vrai pour la représentation du sexe, notamment féminin, plus ou moins tabouisée encore durant une bonne partie du XIXe siècle. Pendant très longtemps, il a été beaucoup plus évident, dans les écoles des beaux-arts, de copier les antiques que de dessiner d’après le modèle vivant. De sorte qu’au début de l’ère moderne, l’idéal classique, diversement interprété, a servi de régulateur entre l’observateur et l’image du nu.

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour commencer à voir des reproductions fidèles, impitoyables, du corps humain, parallèlement à l’apparition de la photographie qui ne possède qu’un potentiel réduit en matière d’idéalisation. C’est par exemple l’apparente précision de la photo qui permettra aux peintres de représenter des poils pubiens… La scandaleuse toile de Gustave Courbet qui, sous le titre L’Origine du monde, représente un sexe féminin, n’aurait pas vu le jour sans l’implacable exactitude de la photographie.

Les Demoiselles d’Avignon

Les Demoiselles d’Avignon

Peu de temps après qu’il était devenu possible de représenter le nu sans exagération ni altération mais juste comme il était, l’art s’est à nouveau détourné de la réalité. En 1907, Picasso marque un tournant en peignant Les Demoiselles d’Avignon : jamais plus le nu ne sera ce qu’il était. L’influence des arts premiers, la découverte de l’inconscient par la psychanalyse, la valeur intrinsèque de la couleur et de l’expression qui se désolidarisent de la réalité du sujet, et enfin le développement fulgurant des techniques photographiques ont rendu superflu tout effort d’exactitude. De nos jours, les artistes ne se sentent plus obligés de représenter la nature dans son idéale perfection. Le nu, pour peu qu’il soit encore un thème iconographique, consisterait plutôt à chercher comment figurer les aspects cachés de l’être humain.

Texte : Ulf Küster

Source: http://www.arte.tv/fr/le-nu-dans-l-histoire-de-l-art/2248964,CmC=2240518.html