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Une serviette, s’il-vous-plaît.

Une serviette s'il-vous-plaît.
Photo réalisée par mon ami Joel Pèlerin

Une serviette, s’il-vous-plaît.

 

J’ai vraiment bien aimé vous rencontrer,
Après avoir répondu à votre annonce publiée,
Dans un journal sous la rubrique services spécialisés,
Je m’étais dit : « Pourquoi pas? Cela pourrait m’amuser. »

 

J’ai donc téléphoné aux numéros que vous avez donnés,
Après les heures de bureau tel que mentionné,
Quelques drings ! Et vous avez enfin décroché.
La douceur de votre voix m’a impressionnée.

 

Photographe de nu passionné,
Vous cherchez modèle inexpérimentée,
Pour une séance où elle vivra une belle nudité,
Une femme noire car de sa peau elle sera glorifiée.

 

Lieu et heures bien expliqués,
Je serai pour cela honorablement payée,
Tout en me promettant courtoisie et amabilité,
Avec entrain et sans aucune retenue votre offre j’ai acceptée.

 

Heure enfin venu vers le lieu, je me suis dirigée.
D’un pas certain et rapide car j’avais hâte d’arriver,
Montant à l’étage de l’immeuble où votre studio est situé,
Quelques coups à votre blanche porte j’ai rapidement frappé.

 

Sans trop attendre, vous m’avez gentiment invitée d’entrer.
Quel beau et grand studio que j’ai aisément remarqué,
Grandes lumières et projecteurs vous possédez,
Photographe de renom je crois avoir deviné.

 

Après nous être l’un à l’autre présentés,
Documents légaux vous m’avez fait signés,
Démontrant ainsi en vous un sens professionnel inné,
Quelques signatures par-ci, par-là, et encore là et le tour est joué.

 

Mais avant cette première soirée d’art et de nudité,
Est-il possible de prendre une douche? Je vous ai demandé.
Mais, faites comme chez-vous! Votre réponse fut vite conférée.
Permission vite accordée ! Plus vite encore, je suis allé me doucher.

 

Très peu de temps m’a suffi pour mon corps nettoyer,
Et, pour rendre cette séance agréable, mon parfum, j’ai apporté.
Maintenant que je suis enfin propre, j’ai une chose à vous réclamer.
Une serviette s’il-vous-plaît afin que je puisse bien me sécher.

 

De

 

RollandJr St-Gelais
Québec (Québec)
Canada

Être un chef d’œuvre imparfait

chef-d'oeuvre imparfait

Être un chef d’œuvre imparfait

Rolland St-Gelais a 52 ans et est modèle vivant. Il pose nu pour de grandes galeries d’art et des écoles de dessin. Son corps est une œuvre d’art, qui de par son originalité, fascine et intrigue.

Rolland St-Gelais est né en 1962. Il fut l’une des victimes du médicament Thalidomide, un médicament que l’on donnait contre les nausées des femmes enceintes, mais qui traversait la barrière placentaire. «Il me manquait à la naissance la langue, les deux mains, l’avant-jambe gauche et une bonne proportion de mon pied droit sans oublier l’absence de mon menton. La thalidomide avait fait un véritable chef-d’œuvre», indique-t-il dans un article. On ne lui prédisait pas d’avenir à sa naissance, pourtant apparaît une personne fière d’elle et de ce qu’elle est devenue, sans fausse pudeur.

Comment Rolland est-il devenu modèle nu avec un corps qui ne correspond pas aux critères habituels de la beauté? D’abord, il est passionné par la nudité artistique. «J’ai effectué un travail sur l’eugénisme, en théologie», raconte l’homme qui détient quatre baccalauréats dans des domaines variés. L’eugénisme est un ensemble de pratiques et méthodes visant à intervenir sur un patrimoine génétique, comme une recherche de l’enfant parfait. «Le domaine artistique a collaboré à l’eugénisme à l’époque, il fallait promouvoir la perfection physique et la race aryenne», maintient-il. De là lui est venue l’idée de promouvoir un corps imparfait.

Il y a cinq ans, Rolland a donné son nom à une école de dessin. Marie-Pier Auger, une cinéaste l’a aidé dans sa démarche pour approcher les écoles d’art.

«Pour être modèle nu, il faut une acceptation du corps à 100%. Malheureusement, l’image de la nudité artistique est trop souvent rattachée à la pornographie», déplore l’homme, fier de sa masculinité. Avant de commencer sa carrière de modèle vivant, seuls les médecins et les avocats s’étaient intéressés à son corps. Il a souhaité alors être autre chose «qu’une catastrophe qu’on doit réparer». Ce qu’il aime de son travail? «C’est l’authenticité. En tant que modèle nu, je ne peux pas mentir. Je suis ce que je suis», explique M. St-Gelais.

Le modèle déplore qu’on juge par l’habit, et donc par l’apparence. Rolland St-Gelais définit sa tâche ainsi: «Je ne cache rien, mais je n’exhibe rien non plus», soutient-il. «J’ai une anatomie comme une autre, et quand je pose nu, je suis égal à ceux et celles qui me regardent», explique-t-il.

Rolland St-Gelais a plusieurs poses qu’il affectionne, notamment celle intitulée Regard de tendresse. Le cinquantenaire veut laisser transparaître le bonheur avec sa nudité.

C’est un homme qui se dit lui-même comme heureux de vivre et comblé par la vie. Il écrit, à la main et à l’ordinateur et est totalement fonctionnel. Malgré les préjugés envers les personnes handicapées, il prouve qu’on peut être différent, et heureux, et surtout que les personnes différentes n’ont pas à se cacher.

Par Perrine Gruson

Source : http://www.lequebecexpress.com/