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Ma prothèse

 

Ma prothèse

Bonjour tout le monde,

J’entre directement dans le vif du sujet. Je vous ai mentionné dans un précédent article de ma vision de ma prothèse, ou si vous préférez ma jambe artificielle, sans laquelle ma qualité de vie serait fort différente. En effet, je peux me considérer chanceux de pouvoir non seulement vaquer à mes occupations mais avant toute chose à établir des liens avec autrui.

C’est bien beau de parler et d’écrire afin d’exprimer20171122_181530 nos idées et nos sentiments. Cependant rien en ce monde n’a autant d’importance que d’aller à la rencontre de notre prochain. Et quand j’affirme d’aller à sa rencontre, cela fait référence aux premiers pas dirigés vers cet « autre » qui passera de manière graduelle de « étranger » à connaissance, à collègue et, si l’occasion le permet, à ami ou bien même à âme-sœur.

20171122_202348Pourquoi donc parler de ma prothèse dans un tel article ? Je vous réponds tout simplement par ce qui suit: elle fait partie intégrante de mon corps et ce, au même titre que mes yeux, mon nez, ma bouche, mes bras et tout le reste. Force est de constater, et je sais très bien de quoi je parle, que bon nombre de personnes vivant avec un handicap physique dit « apparent » ressentent une certaine animosité envers leurs prothèses, appelées aussi membres artificiels, puisqu’elles leur rappellent leur différence à l’égard des autres. Il est aisé de comprendre qu’une telle situation peut s’expliquer par un choc émotionnel ou bien par une éducation plus ou moins malsaine face à l’handicap. Après tout, chaque cas est vécu de manière très différente d’une personne à une autre.

En ce qui me concerne, j’ai appris très tôt à vivre avec ma prothèse et à y voir comme un moyen parmi d’autres pour mon épanouissement. Que de sports! Que de sorties entre amis! Que de bons coups et de moins bons ai-je fait grâce à ma prothèse!

Voilà pourquoi c’est avec un plaisir indescriptible que20171122_184455 j’accepte de poser nu avec ou sans ma prothèse lors de mes prestations de nudité artistique. Mais attention! Mon identité ne se base aucunement sur celle-ci. Je suis autre chose que ma prothèse : je suis modèle nu, poète, photographe amateur, grand amant de la nature, amoureux de la vie. Je suis comme vous : un être humain.

Merci de m’avoir lu!

RollandJr St Gelais

Québec (Québec)

Canada

Moment de réflexion en ce jour spécial

Moment de réflexion en ce jour spécial

Bonjour tout le monde,

J’espère que vous allez bien et que la saison estivale vous apporte joie et bonheur et que vous êtes entourés par ceux et celles que vous aimez. La vie est courte. C’est à nous d’en profiter au maximum en partageant nos joies et en aidant plus petit que soit. C’est d’ailleurs le fondement de la moralité.

18763018_10154940139913462_816691533_nComme vous l’avez peut-être deviné, je désire en cette journée un peu spéciale partager avec vous un moment de réflexion sur le sens de la vie, en l’occurrence de la mienne. En effet, cette journée est le 7 juillet 2017, soit le 7-7-17. Le chiffre sept revient trois fois tels que les sept jours de la création, les trois personnes de la sainte-trinité et le chiffre un tel qu’un seul Dieu. Bon ! C’est peut-être le fruit du hasard, mais un tel fait me porte à me questionner sur ma vie. Quel est le sens de ma vie ? Pourquoi suis-je venu au monde ? Que signifie ce monde à mes yeux ? Et, la plus importante de mes interrogations, de quoi suis-je le plus fier ?

received_10154940127618462Ma vie a un sens fondamental qui est de vivre tout simplement. C’est-à-dire de ne pas me lever à chaque matin en me préoccupant de ce que les autres diront ou penseront de moi. Je fais ce que je dois accomplir. Un point, c’est tout. Mais attention ! Une prière est toujours de mise dès mon réveil et à l’heure du coucher. Une prière mariale car, et je m’en aperçois de plus en plus au fil des années qui passent, la foi catholique que mes parents m’ont transmise a été plus que salutaire en maintes occasions. Rendre grâce d’être là après toutes ces années et ce, en dépit de tout le pronostic plus que défavorable de certains médecins à mon endroit quelques temps après ma naissance. Avoir la foi est le propre de l’être humain. Et être un humain, c’est d’abord reconnaître qu’il y a quelque chose qui nous dépasse malgré toute notre science, nos connaissances, nos découvertes et notre pouvoir lequel peut nos élever aux nues ou bien nous précipiter dans les abîmes.

Autre question : Pourquoi suis-je venu au monde ? Je vous dirais aprèsNew Image 90 mûres réflexion, qu’il existe trois raisons à cela. Tout d’abord, cheminer vers la lumière et ne jamais lâcher prise dans un tel cheminement. C’est un procédé loin d’être aisé puisque comme chacun d’entre nous, la possibilité de faire des erreurs existe bel et bien à chacune de mes décisions. Ne dit-on pas que la somme de nos décisions, de nos erreurs et de nos succès constitue l’expérience de la vie ? Accepter cette noble vérité, c’est faire preuve d’humilité. Ensuite, aimer et être aimé même si, parfois et bien malgré moi, cela peut en plusieurs circonstances être une source de souffrance. Mais, c’est aussi une source intarissable de bonheur et de joie. Aimer, c’est savoir être là tout simplement dans le silence de notre quotidien tandis qu’être aimé, c’est faire preuve d’un courage extraordinaire puisqu’on accepte de faire confiance à l’autre au point de se présenter tel que nous sommes réellement. Enfin, c’est aussi avoir l’aptitude de dire « oui » lorsque cela s’avère être nécessaire tout comme de dire « non » quand nos valeurs les plus profondes sont mises en péril. Ici, la survie de soi, de notre société et de nos modes de vie doivent impérativement être au premier plan dans nos prisses de décision. Oui, cela fait partie de mes raisons de vivre car sans une telle capacité, je suis semblable au grain de pissenlit apporté par le vent qui ne sait ni où il s’en va, ni ce qu’il deviendra. L’homme vaut plus que cela.

Autre question de grande importance : Que signifie ce monde à mes yeux ? Je vous dirais que rien n’est plus beau que ce monde. Nos dirigeants dépensent des fortunes colossales en armement, en subvention pour des entreprises dont le seul but est de toujours faire le plus de profit possible alors qu’il suffirait d’orienter toutes ces sommes dans des causes humanitaires pour régler des problèmes avant qu’il ne soit trop tard.

Oui, ce monde est magnifique et c’est à nous d’en prendre soin selon nos capacités personnelles. Oui, ce monde est extraordinaire avec tout qu’il contient. Pensez un seul instant aux rivières qui coulent, aux montagnes millénaires, aux milliers de fleurs qui nous offrent leurs couleurs et qui embaument l’air de leurs parfums sans oublier à toutes ces créatures, aussi grandes ou petites soient-elles, qui pullulent la terre. Cette terre qui nous offre tant et que nous maltraitons tant.

Oui, ce monde est précieux à mes yeux. Et, comme disait si bien un grand sage oriental : ce n’est pas la mort qui me fait peur, c’est de quitter la beauté de la vie qui m’attriste.

New Image25Enfin, voici la question qui me turlupine l’esprit. De quoi suis-je le plus fier dans mes réalisations ? Hé bien ! Croyez-le ou non, c’est d’avoir créé ce blogue puisqu’il témoigne à lui seul de mon parcours de vie. En effet, tout ce qu’il contient est une preuve irréfutable que la vie vaut la peine, je dirais plutôt la joie, d’être vécue. Je n’ai pas de mains, mais j’ai pu écrire des textes et des poèmes suscitant en certaines circonstances l’admiration de mes pairs. Il me manque certes une jambe et un pied, mais j’ai tout de même parcouru des lieux que bien des gens n’iront jamais. Je n’ai pas de langue, mais cela ne m’a pas empêché de dire à mon premier grand amour de ma vie que je l’ai toujours aimée et l’embrassant tendrement sur le front lors de notre rencontre après plus de trente ans de séparation. Oui, je pose entièrement nu pour des écoles d’arts et des ateliers de renommée internationale alors que l’on m’avait jadis condamné à être soustrait du regard d’autrui. Ce blogue est mon témoignage. Le témoignage que la vie est vraiment magnifique.

Merci de m’avoir lu !

RollandJr St-Gelais
Québec (Québec)
Canada

L’érotisme : mon point de vue

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L’érotisme : mon point de vue

Bonjour tout le monde,

J’espère que mes dernières publications vous plaisent à lire autant que j’en ai eu à les rédiger. Il faut avouer que l’expérience vécue voilà déjà quelques semaines à Montréal a été plus que bénéfique dans l’obtention de photos de très bonne qualité. Toutes les photos qui ont été prises durant cette séance me seront d’une aide précieuse pour les semaines à venir. En effet, le thème central de l’ensemble des publications futures portera sur un sujet précis et qui est: l’érotisme vu par votre humble serviteur.

Toutefois, il me semble plus que nécessaire de décrire d’une part, en quoi consiste 000000820032l’érotisme proprement dit et d’autre part, d’expliquer les raisons incitatives qui ont été à l’origine d’une telle orientation au sein de mon blogue artistique concernant mon expérience vécue en tant que modèle nu pour des écoles d’arts et des artistes professionnels ou amateurs. Une fois que ces questions fondamentales ont été résolues, j’expliquerai ma démarche dans l’élaboration des articles en lien avec ma démarche que je qualifierais de passionnelle.

Qu’est-ce donc que l’érotisme ? Pour moi, il s’agit de toutes formes de représentation où la nudité et la sensualité sont décrites avec un respect absolu entre deux êtres humains dans un rapport où l’intimité fait place à une ouverture limitée par le bon goût envers un public averti. Une ouverture où les regards portent sur la tendresse, la chaleur, la passion et la complémentarité entre deux êtres humains. Deux êtres humains qui sont certes différents dans leurs chairs mais semblables dans leurs cœurs. Voilà pourquoi il ne faut en aucun temps mélanger l’érotisme avec la pornographie. Le premier élève l’âme tandis que la seconde rabaisse l’individu au rang du plus vil animal.

En ce qui concerne les questions qui m’ont incité à prendre une telle orientation, sans omettre le caractère fondamental de ce blogue qui est la nudité artistique, elles se retrouvent toutes dans mon expérience personnelle face à la vie. Soyez convaincus que ma vie a été vraiment extraordinaire malgré certains événements douloureux. Entre vous et moi, qui en a pas?!

000000810019La première question se rapporte à l’image de la non -sexualité des personnes handicapées physiques. À cette question cruciale, je peux vous répondre que la sexualité fait aussi partie de la vie de toute personne qu’elle soit ou non handicapée. Qui plus est! Une personne qui vit avec un handicap physique apparent a aussi des fantasmes, des rêves et des désirs comme n’importe quel autre individu.

La deuxième question se rapporte à l’image profondément ancrée dans la mentalité populaire selon laquelle les hommes vivant avec un handicap physique apparent doivent absolument avoir des relations amoureuses avec des femmes qui se retrouvent dans une situation similaire. Autrement dit, ces personnes sont en quelque sorte condamnées à vivre dans un ghetto imposé de manière plus ou moins subtile par la société. Mais, est-ce le cas ? Je vous réponds à cela par un non catégorique. Attention ! Je ne dis pas que cela soit le cas pour la grande majorité des personnes handicapées, mais il y en a tout de même plus qu’on le pense.

Et, dernière question, et peut-être même la plus importante, un homme avec un handicap 000000820019physique apparent a t’il le droit d’apprécier la beauté féminine pour ce qu’elle est ? Autrement dit, peut-il aimer, apprécier, contempler et admirer la beauté féminine tout simplement pour ce qu’elle est ? Je vous réponds avec un oui nuancé. Il va de soi que chaque homme peut ressentir de l’attirance devant tel ou bien tel type de femmes mais il faut, comme le sexe opposé, savoir aller plus loin que l’attrait physique. Aimer la beauté du corps est une chose et aimer l’autre pour son intérieur en est une autre. Ici, je suis plus que persuadé que la très grande majorité d’entre vous êtes d’accord avec mon raisonnement.

Bref, vous avez sans doute deviné la raison fondamentale de ma démarche artistique. Une démarche qui se veut être de briser les tabous face à la nudité, face à la sexualité, face à la beauté et ce, tout en démontrant de la façon la plus noble possible que l’harmonie entre deux êtres humains avec un corps totalement différents l’un de l’autre peut-être possible. Quoi de mieux que de présenter l’érotisme afin de détruire efficacement de tels préjugés au sein de la société ? Posez la question, c’est aussi y répondre. Voilà pourquoi l’érotisme est, selon moi, un excellent moyen d’éducation de masse. Qu’en pensez-vous?!

RollandJr St-Gelais

Québec (Québec)

Canada

Avoir la foi et être un modèle nu

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Avoir la foi et être un modèle nu

Bonjour tout le monde,

J’espère que vous avez passé une période de Noël satisfaisante et que vous étiez entourés par vos proches et vos amis. De mon côté, mon Noël à été tout à fait exceptionnel car j’ai pu festoyer en bonne compagnie tant féminine que masculine. Bien entendu qu’il m’était un devoir d’assister à la célébration eucharistique afin de rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits. Oui, j’ai la foi et elle est chrétienne de tradition catholique.

12200452_10208456182107114_1033381321_n-3.jpgCe qui m’amène à vous parler de mon travail, je devrais plutôt écrire ma passion, en tant que modèle nu mais à travers les yeux de ma foi chrétienne. Il va sans dire que nous possédons tous notre propre vision de la vie, et ce à travers nos expériences personnelles mais aussi selon nos conceptions tant spirituelles que philosophiques. De mon côté, il y a longtemps que ma vision de la vie juxtaposée à ma foi chrétienne a fait de moi un être pleinement heureux. Ce qui en contrecoup a été bénéfique pour le développement de ma passion en tant que modèle nu. Un modèle nu qui ne cache rien mais qui n’exhibe rien non plus. Bref, je suis fier de mon corps tant au plan sexuel que de sa “différence”. Une différence qui, d’une manière paradoxale, le rend semblable au commun des mortels. Reconnaissons-le! Nous sommes différents les uns des autres et c’est grâce à cela que nous pouvons nous enrichir mutuellement.

947099_1713439785553791_254337352266979423_nUne chose doit être claire une fois pour toutes. Ma foi chrétienne ne m’a jamais empêché de vivre ma vie de manière satisfaisante. Bien au contraire ! C’est grâce à celle-ci si j’ai appris à accepter mon corps et à le voir tel qu’il est, c’est à dire un reflet du divin en moi. Comme il en est ainsi de vos corps respectifs. Qui plus est ! Je suis né, tout comme vous, entièrement nu et je comparaîtrai devant le Créateur entièrement nu. La nudité est donc quelque chose de sacrée qui doit être partagée avec un respect mutuel.

Ce caractère sacré m’aide grandement à travailler en tant que modèle nu tant auprès des artistes armateurs ou bien professionnels ou encore lors de séances de nudité artistique dans différentes écoles d’arts. En effet, je donne non seulement mon corps à ceux et à celles pour qui je pose nu, mais je leur offre de communier avec mon âme. Une âme vivante dans un corps tout aussi vivant. Par ce fait, vous pouvez deviner que chaque pose choisie a pour objectif de démontrer l’aisance qui existe à la fois entre mon corps et ma pleine acceptation de celui-ci. Nulle doute que ma foi dans le Christ m’a aidé à prendre mon grabat et à marcher, et ce indépendamment de ce que l’on m’ai dit pour me décourager.

Cela m’incite à vous raconter une petite anecdote sur mon cheminement personnel à l’égard du regard des «autres». Ces «autres» qui jugent souvent au premier coup d’œil sans aller plus loin risquant ainsi de perdre une potentialité insoupçonnée. Croyez-moi sur parole, j’en sais quelque chose.

Il est vrai que j’ai dû supporter le regard des «autres» en maintes 12187896_10205298628202359_1321551331066787914_n.jpgreprises. Que ce soit à l’école, aux terrains de jeux de mon quartier ou bien en certaines circonstances bien précises. Or, la pire situation vécue à eu lieu à l’occasion de la rentrée scolaire, je devais être âgé d’environ 8 ans, où le directeur de l’établissement du niveau primaire m’y avait refusé l’accès sous prétexte que ma situation physique risquait de perturber certains élèves issus de la haute société. Inutile de vous raconter dans quel état de désespoir se trouvait ma défunte mère lors de notre retour à la maison familiale. Toujours est-il que le directeur de cet établissement scolaire était un membre du clergé catholique.

Devrais-je me révolter contre l’église catholique pour le comportement d’un de ses membres ? Devrais-je me révolter contre Dieu d’être né dans un corps non conforme selon les critères de perfection véhiculés au sein de la société? Devrais-je m’apitoyer pour le reste de mes jours? Et, enfin, devrais-je me cacher de tous les regards portés vers moi? Bien sur que non. Agir ainsi serait tout simplement illogique et ne m’aurait rien apporter de bon. J’ai donc décidé de me relever et de recueillir ce que la vie avait de meilleur à m’offrir.

De plus, et Dieu merci, la vie a mis sur ma route des religieuses et des religieux qui ont su manifester plus de considération envers moi que ce prêtre. Il serait utile de se souvenir que c’est d’ailleurs une congrégation catholique qui m’a sauvé la vie alors que certains membres du corps médical voulurent me faire disparaître, et ce dès ma naissance. Oui, je le sais très bien que je reviens de très loin.

11696738_10208456193307394_494808575_nMorale de mon histoire ? Être un modèle nu ne m’empêche en aucune façon d’avoir la foi, et de surcroît une foi catholique, puisque d’une part, cela me permet de lui donner une plus grande authenticité  et que d’autre part, cela me permet aussi de faire un pied de nez à ceux qui voulurent me faire disparaître. L’essentiel est de voir les anges que Dieu a mis sur la route de la vie et de leur témoigner toute ma gratitude. Ces derniers méritent toute ma considération.

Merci la vie !

Merci mon Dieu !

Rollandjr St-Gelais

Québec (Québec)

Canada

La nudité et la prise de conscience sociale

Bonjour,

Nous vivons à une époque où les notions de beauté, de santé, de jeunesse et de bonheur semblent être un pré-requis pour l’ensemble

Rolland St-Gelais

Rolland St-Gelais

de la société. Nous sommes tous et toutes d’accord, enfin je présumes, que chaque personne a le droit au respect en tant qu’être humain. Droit qui ne peut en aucun cas lui être enlevé. Mais qu’arrive-t-il si la maladie, la vieillesse, les imperfections physiques et le malheur s’abattent sur celle-ci? Devienne-t-elle pour autant un être inhumain, un paria de la société ou bien un … intouchable? Qu’arrive-t-il si la maladie qui nous affecte est pour plusieurs synonyme de punition divine et un prétexte au rejet tant social que familial? Comment nous voyons-nous en tant que personne? Tel reflet de notre corps le miroir nous renvoie-t-il? Tel est notre lien face à la nudité, celle de l’autre, mais aussi la nôtre? Toutes ces questions sont liées de près ou de loin aux préjugés dont sont victimes les personnes atteintes du sida. D’ailleurs, rappelons-nous que la maladie quelle qu’elle soit ne plait pas à quiconque. Ce qui est tout à fait normal puisqu’elle nous renvoie à notre vulnérabilité laquelle est d’autant plus visible dans notre nudité.

La nudité face à la maladie

La nudité face à la maladie

En cette journée du 1er décembre, journée consacrée au Sida, j’ai décidé de vous parler de la nudité vu sous l’angle de la maladie. Non pas pour susciter en vous une quelconque forme de pitié, mais plutôt permettre une prise de conscience de notre propre faiblesse, de notre impuissance mais aussi de notre pleine et entière humanité à la fois face à la maladie et à notre nudité. Je reconnais que j’aurais pu rédiger un tel article à n’importe tel autre jour de l’année. J’ai tout de même choisi de le faire en cette journée unique qu’est le 1er décembre puisque d’une part, les préjugés abondent envers les victimes de cette terrible maladie et que, d’autre part, la majorité des maladies mortelles peuvent, fait étrange, susciter plusieurs préjugés à l’égard des gens qui en sont atteints.

La nudité nous renvoie souvent à ce que nous sommes réellement au plan physique avec nos forces et nos faiblesses, nos « avantages » et nos « imperfections », nos rêves et nos désillusions. Bien entendu que nous sommes tous et toutes soumis-es aux pressions médiatiques, aux modes plus ou moins éphémères, aux jeux de rôles liés à notre appartenance sexuelle. De plus, les critères de perfections et d’attirances physiques varient d’une société à l’autre et d’une époque à une autre. Nos beautés actuelles tant glorifiées dans les revues de mode, d’arts ou d’érotisme passeront certes tout à fait inaperçues en d’autres lieu et en d’autres temps. Une chose est tout de même plus que certaine: la maladie n’est pas, et ne sera jamais, un critère de beauté, ni d’attirance en quelques périodes historiques que ce soit.

Et, pourtant, une personne atteinte d’une maladie peut être aussi belle qu’une autre en santé. Je me souviens, à titre d’exemple, la

La vision de la nudité a plusieurs facettes

La vision de la nudité a plusieurs facettes

fois où j’allais faire du bénévolat dans un centre de personnes du troisième âge. J’avais remarqué toute l’attention que les membres du personnel prodiguaient aux pensionnaires, en particuliers aux femmes, dans leur soins de beauté, entre autres lorsqu’elles allèrent au salon de coiffure. Croyez-moi sur parole! Je ne me gênais aucunement pour les complimenter non seulement sur leurs coiffures, mais également sur leurs tenues vestimentaires. Et pourquoi ne l’aurais-je pas fait? Une femme a le droit d’être complimentée et d’être gratifiée peu importe son âge. L’âge peut certes faire son œuvre sur le corps de la personne, cependant cette dernière possède avant tout une âme et un cœur dont l’expérience de la vie peut, hélas, la rendre  aigrie. Voilà pourquoi une parole douce et sincère agit parfois comme un baume des plus efficaces sur bien des blessures invisibles pour l’œil, mais combien douloureuses pour celles qui en sont atteintes.

Question philosophique!

Question philosophique!

Toutefois, il y a des blessures qui sont bel et bien visibles et dont personne ne peut rester indifférente face à la souffrance qu’elles occasionnent, en particulier, chez les êtres qui leur sont chères. Je me rappelle, triste souvenir, les années où ma mère était allée suivre des traitements de radiothérapie dans un centre médical de Québec pour combattre un cancer des poumons vers le milieu des années 1990.

Son corps transpirait la souffrance, la douleur et la crainte face à la mort, à … sa mort. Comment percevait-elle sa nudité dans une telle situation? Quelle image son miroir lui renvoyait-elle? Pouvait-elle se trouver belle à ses propres yeux et, de surcroit, comment se voyait-elle dans les regards des autres? Ce sont-là des questions que j’aurais bien aimé lui poser de son vivant, mais que je n’ai pas osé le faire à la fois par un principe de respect et de pudeur à son égard.

Oui, vous avez bien lu! Le respect et la pudeur ont une place de choix dans la nudité absolue puisqu’elle renvoie vers un chemin quelque peu sinueux de notre conscience la plus profonde et qui nous invite à trouver un sens logique à cette question fondamentale que chaque être humain dit « évolué » est dans l’obligation de résoudre du mieux qu’il le peut: « Qui suis-je face à cette éternité? » Question que bien des philosophes grecques, pour qui la nudité n’était point un crime, ont essayé de trouver une réponse légitime et satisfaisante. Un défi colossal!

J’ai eu l’idée, vu que je ne peux absolument pas parler au nom de la gente féminine, de demander à ma chère amie et collaboratrice

Un point-de-vue féminin

Un point-de-vue féminin

Marlène de me donner son opinion sur la nudité face à la maladie. Une opinion qui, je le pense sincèrement, mérite amplement d’être publiée dans son intégralité puisqu’elle résume bien la complexité du sujet.

Elle affirme avec une grande sincérité que « la nudité est souvent et cruellement touchée par la maladie. C’est une réalité indéniable que très souvent le corps change et pas toujours pour le mieux. Alors, s’installent des complexes sur la nudité, sur sa nudité! Que ce soit pour faire face à son conjoint, pour simplement se mettre nue devant son médecin ou encore pire face à soi-même, le résultat est que ce corps ne semble plus être le nôtre. Nous en avons perdu le contrôle, surtout l’on pense à toutes les exigences que notre société a envers la perfection corporelle, et ce, sans oublier les critiques et les préjugés qui peuvent tuer une âme plus ou moins sensible. J’aimerais juste dire pour finir que si le monde savait et pouvait seulement essayer de comprendre, il y aurait plus d’amour, de compassion et de respect. Voilà! » Ma chère Marlène, je te remercie infiniment d’avoir pris quelques instants pour partager ton point-de-vue sur un tel sujet.

Avec la collaboration de mon ami américain

Avec la collaboration de mon ami américain Kenneth W. Oliver

Quelle image avons-nous de la nudité lorsque notre corps est atteint d’un handicap physique dit « apparent »? Peut-on seulement comparer les deux situations puisque l’on est pas forcément atteint d’une maladie grave lorsque l’on vit avec un handicap physique? Je vous répondrai, et c’est-à mon humble opinion, qu’il y a un certains lien entre les deux. En effet, il m’est arrivé en quelques occasions que certaines personnes me questionnent, sans aucune méchanceté, sur ma maladie connaissant fort bien la cause réelle de ma situation physique. Soyez rassurés-es! Cela ne me choque pas du tout. Bien au contraire! J’en ai plutôt développé un humour des plus particuliers.

Je me permets donc de répondre à cette question: « Comment vois-je ma nudité? Quelle image

Un ami et collaborateur K. W. Oliver

Un ami et collaborateur K. W. Oliver

mon miroir me renvoit-il? Comment vois-je le regard des autres sur mon corps? Et…. les médias? Quels rôles ont-ils joué dans la perception physique de ce corps… de mon corps? Comment les femmes le voient-elles? Comme un être asexué? Comment les hommes qui m’entourent le perçoivent-ils? Quelles leçons puis-je retirer de mon vécue? Ce sont des questions auxquelles il me fait grandement plaisir de répondre, non pas dans une forme quelconque de complaisance, mais plutôt par un souci de transparence et, par un effet de contrecoup, de briser des tabous encore présents dans notre société.

Miroir! Miroir!

Miroir! Miroir!

Comment vois-je ma nudité? Elle est tout simplement magnifique puisqu’elle témoigne à elle seule de l’apprivoisement que j’ai eu à accomplir à l’égard non seulement des autres, mais de moi-même. Il est très facile de mentir aux autres, mais il est pratiquement impossible de mentir à soi-même. Certes, il m’a fallu du temps à voir en moi une beauté. Or, cette beauté fait de moi ce que je suis, qui je suis et elle m’appartient en propre. Nul ne peut me l’usurper! Il en est de même pour chacun et chacune d’entre nous. Quelle image mon miroir me renvoit-il? Celle pour laquelle je veux bien qu’elle me renvoie. Non, je ne suis pas un Adonis grecque. Ce qui ne veut pas dire qu’il m’est interdit d’améliorer mon apparence. Une bonne douche, suivie d’un rasage et de beaux vêtements font de n’importe quel homme quelqu’un de présentable. N’est-ce pas?! Comment vois-je le regard des autres sur mon corps? À vrai dire, cela m’importe peu car il est futile, voir néfaste, de vouloir à tout prix plaire à tout le monde. Une telle futilité réside dans le fait que l’on ne peut pas plaire à tout-un-chacun. Il est aussi néfaste puisque chaque homme qui veut plaire absolument à tout le monde risque de perdre non seulement sa personnalité et son individualité mais aussi son âme.

Il est maintenant plus que temps de parler du rôle des médias dans la perception de ma différence physique. Un rôle qui a été

Merci à Nathalie de Bourget

Merci à Nathalie de Bourget

parsemé de haut, mais aussi à mon fort regret, de bas. Il n’est pas de ma volonté de ressasser certains événements de mon passé. Oui, il y a eu plusieurs éléments qui m’ont été somme toute plus que bénéfiques alors que d’autres, moins nombreux Dieu merci!, m’ont blessé. Oui, je suis au courant que d’autres publications sur la Thalidomide auront lieu dans les prochains mois, si ce n’est pas les prochaines semaines, mais je vais y penser à deux fois avant de m’y impliquer. La raison est simple: il est pour moi plus que nécessaire de préserver mon bien-être psychologique. Désolé! Je ne peux pas en dire plus. Cependant, tout ce que je peux vous dire c’est que j’ai le devoir de préserver mon corps contre toutes formes d’exploitation médiatique.

Voici maintenant des questions que je qualifierais de très intimes: Comment les femmes voient-elles ce corps? Comme celui d’un être asexué? Et, comment les hommes qui m’entourent le perçoivent-ils à leur tour? Ce sont-là des questions qui sont d’une complexité extrême pour le simple fait que je n’ai jamais pris le temps  de m’installer au coin d’une rue dans l’optique de réaliser un sondage sur le sujet. Je blague! À vrai dire, et blague à part, ces personnes peuvent voir mon corps comme elles le veuillent puisque de mon côté j’en fais tout autant. Bref, je n’oblige pas qui que ce soit de me désirer tout comme les autres ne me forcent en aucune façon de les vouloir dans mon lit. Il y a de tout pour tous les goûts en ce monde.

Ne pas se laisser écraser par les dictats sociaux

Ne pas se laisser écraser par les pressions sociales: une affaire de toute une vie

L’essentiel est de s’en tenir à notre ligne de conduite et surtout de ne pas se laisser interférer dans nos choix par les dictats sociaux. Être honnête d’abord et avant tout avec notre meilleur compagnon de vie, c’est-à-dire soi-même, c’est tout ce qui compte réellement.

Enfin, quelles leçons puis-je retirer de mon vécue? Je vous dirais tout d’abord, après avoir longuement réfléchi sur le sujet, que chaque personne est un être humain qui mérite la pleine reconnaissance de son humanité et ce, peu importe sa condition existentielle. Celle-ci est liée de manière intrinsèque à sa nudité puisqu’elle la suivra depuis l’aube jusqu’au crépuscule de sa vie. Elle lui rappelle constamment sa sensibilité, sa vulnérabilité et son caractère éphémère. Ensuite, que rien n’est acquis de manière définitive. Ce qui est d’autant plus vrai pour les éléments essentiels à notre bonheur dont la santé occupe une place de choix. Un vieil adage chinois affirme que l’homme gaspille sa santé pour obtenir de l’argent, mais qu’il sera un jour obligé de le dépenser pour ravoir sa santé. D’ailleurs, si mon vécue m’a enseigné une chose, une seule chose, c’est bien que la vie est tout-à-fait formidable et qu’il faut à tout prix la préserver. C’est, vous n’êtes aucunement obligés de me croire, ce que je me dis chaque fois où je me douche. Ma nudité me rappelle que je suis un être semblable à vous, comme vous l’êtes vous aussi envers moi.

Conclusion

J’ai choisi de publier cet article le 1er décembre à exactement minuit, 6 heures à Paris, pour souligner à ma façon la lutte non

Tunick Spencer

Tunick Spencer

seulement contre le sida, mais également contre toutes formes de préjugés et d’exclusion sociales liées de près ou de loin envers les gens atteints de maladie. Et, pour se faire, je me suis inspiré du photographe américain spécialisé dans la nudité de groupe du nom de Tunick Spencer. En réalité, je partage sa passion pour le nu artistique car il s’agit peut-être, et c’est-là mon humble avis, du dernier bastion d’une véritable liberté de conscience présente encore dans notre société, mais pour combien de temps?, contre toutes formes de domination venant des conglomérats formés par les médias de masse.

Cette journée mondiale de lutte contre le Sida me rappelle jusqu’à tel point notre société, dite moderne et hautement technologique, a réussi en un tour de mains digne des plus grands magiciens de tous les temps à médicaliser, à incuber et à mettre en avant-plan des machines sophistiquées tout en déshumanisant les rapports entre les bien-portants et les gens atteints de maladies incurables.

Par ailleurs, on réclame à grand cris l’addition de somme monétaire pour désengorger nos hôpitaux ou encore pour de meilleurs soins.  Je ne doute pas un seul instant de la bonne intention de ceux et de celles qui réclament de telles sommes additionnelles. Toutefois, je suis persuadé qu’un changement dans nos regards non seulement face à la maladie en tant que tel, mais davantage à l’égard des gens atteints par des maladies graves et souvent mortelles est un pré-requis pour trouver des pistes de solutions, disons-le franchement, plus satisfaisantes au plan humain que de simples appareils médicaux aussi utiles puissent-ils être dans les soins prodigués. Un tel changement peut se faire par une nouvelle perception de la nudité. Celle de soi, celle des autres et celle de nous tous en tant que membres de la communauté humaine.

Bref. la maladie nous éloigne certes les uns des autres. Par contre, une nouvelle vision de la nudité peut jeter des ponts entre chacune des personnes bien-portantes ou pas. Elle peut aussi nous aider à mieux nous connaître et à s’accepter davantage tels que nous sommes et, ainsi, d’être plus en mesure d’affronter des épreuves vraiment difficiles à vivre. C’est ce que j’ai voulu expliquer dans cet article.

Merci de m’avoir lu.

Rolland St-Gelais

Québec (Québec)

Canada