Archives de tags | espace

L’esclave

Esclave
DeviantArt du photographe RickB. : https://rickb500.deviantart.com/ Pour acheter un exemplaire du portfolio, écrire à cette adresse email : rickB@arcor.de

L’esclave

 

Debout,
Parfois à genoux,
Corps de sa beauté jaloux,
Grâce féminine qui peut rendre fou.

 

Statue de cire,
Qui devant la bêtise,
Des hommes de bien mauvaise surprise,
Préfère se taire même si parfois elle aimerait en rire.

 

Immobile depuis des lustres,
Ne sachant que faire cela me frustre,
Car devant cette beauté de femme j’aimerais lui parler,
De mes souvenirs, de mes rêves et de mes illusions lui raconter.

 

Cachant ses yeux remplis de tristesse des miens,
Que je lui donnerais pour pallier la lacune de mes mains,
Je lui offrirais avec amour mon épaule afin qu’elle puisse enfin pleurer,
D’avoir vu tant de désespoir, de méchanceté et de crimes sans pouvoir se révolter.

 

Bras replié sur sa chevelure,
Reflétant la pureté de sa parure,
Parure de noblesse ayant traversé les barrières,
Barrières du temps et de l’espace ne craignant pas les enfers.

 

Esclave de chair, d’os et de sang
Toute immobile depuis sa tendre création,
Faite par un artiste esseulé avec une infinie précaution,
Statue de pierre brute à qui il lui donna la vie éternellement.

 

Esclave ayant pour devoir de nous rappeler,
Que malgré nos erreurs, nos réussites et notre bonne volonté,
Sur cette terre à vivre ensemble nous y sommes tous condamnés,
Et que peu importe les origines, les religions et autres lubies, il faut savoir s’aimer.

 

De

 

RollandJr St-Gelais
Québec (Québec)
Canada

Le rêve du philosophe

Le rêve du philosophe
« Le rêve du philosophe » Poème par RollandJr St-Gelais Photo par G.B. d’Allemagne Instagram gb62da et DeviantArt https://www.deviantart.com/gb62da

Le rêve du philosophe

 

La soirée est enfin terminée,
Alors qu’à toi souvent j’ai pensée,
En souhaitant te dire comme je t’ai aimée,
Tout en voyant que le temps de dormir était arrivé.

 

Lentement je me suis glissé sous le drap,
Même si toi chérie, malgré moi, tu n’y étais pas.
Fermant les yeux en écoutant la pluie tomber doucement,
Tout en imaginant pouvoir t’embrasser ô mon amour tendrement.

 

Aussitôt mes pensées se transformèrent en un monde imaginaire,
Dans lequel cessèrent d’exister la haine, la misère et toutes les guerres.
Me retrouvant en l’espace d’un instant dans une forêt tellement extraordinaire,
Que j’ai cru être dans un conte de fées que jadis me racontait ma défunte mère.

 

Vagabondant allègrement à travers les arbres verdoyant,
Respirant l’air pur que la nature m’offrit si abondamment,
Tout évitant de déranger les tourterelles dans les bois chantant,
Car rien de plus beau d’entendre en cette vie leurs mélodieux chants.

 

Alors que je ne m’y attendais guère,
Je te vis en habit d’Ève dans une clairière,
Que tu étais belle et si naturelle telle une hirondelle,
Prête à s’envoler, au moindre bruit, d’un simple battement d’ailes.

 

Pour la première fois de mon existence,
Les mots d’amour me brûlèrent de leur absence,
Car aucun mot ne pouvait exprimer ce que je ressentais,
Dans le rêve du philosophe que je suis malgré la joie qui m’animait.

 

De

 

RollandJr St-Gelais
Québec (Québec)
Canada

La vie est belle

IMG_20190409_205445_684

Un épicurien à  l’état pur

La vie est belle

Bonjour tout le monde,

J’espère de tout mon cœur que votre vie soit à la hauteur de vos attentes. Pour ma part, je dois dire que je suis comblé par la vie. En effet, je suis en ce moment dans la belle région du Saguenay plus précisément à Chicoutimi afin de réaliser ma seconde prestation de nudité artistique au sein d’un groupe d’étudiants et d’étudiantes en arts visuels de l’université du Québec à Chicoutimi. Une prestation qui aura lieu ce mercredi soir.

À vrai dire, je vis en ce moment même un retour extraordinaire dans ma passion en tant que modèle nu pour des écoles d’arts, des ateliers en arts et des artistes professionnels et amateurs. Un retour qui a lieu presque trois longs mois à la suite de mon accident vécu en Gaspésie un soir du mois de décembre 2018.

En effet, j’ai eu la chance de poser une journée complète pour deux groupes d’étudiantes au sein du C.ÉG.E.P. de Drummondville. Une telle opportunité m’a permis de rencontrer des gens possédant une ouverture d’esprit, une générosité et une grandeur d’âmes hors du commun. Veuillez noter que j’utiliserai plusieurs de leurs réalisations au cours de mes publications futures au sein de mon blogue artistique.

Mais, pour l’instant, j’entrevoie la séance de nudité artistique de demain avec positif tout en offrant aux personnes qui y seront présentes le meilleur de moi-même. Quoi de mieux que de s’offrir une vie de qualité afin de vivre pleinement une nudité saine tel que le vivrait un Adonis de la Grèce antique ?

Voilà pourquoi je profite chaque fois que l’occasion se présente pour me gâter au maximum lors de mes nombreux séjours en sol étranger. Je suis loin d’être un pèlerin de la vertu. Bien au contraire ! Je vis à fond l’instant présent car il est le plus beau cadeau que l’on peut s’offrir à soi-même.

Attention ! Profiter de l’instant présent ne signifie en aucune façon faire tout ce qui nous passe par la tête. À vrai dire, savoir doser le plaisir est gage d’une grande sagesse puisque, à l’image d’un pâtissier soucieux de réaliser un gâteau de noces, le secret est de prendre conscience que tout excès peut gâcher à tout jamais ce qui devait être à la base un pur délice. Autrement dit, savoir faire durer le plaisir est une question d’équilibre dans tous les éléments qui composent le bonheur dans la vie.

C’est un fait. La doctrine épicurienne constitue sans aucun doute le fondement moral de ma personne. Autrement dit, je cherche avant toute chose ce qui peut garantir un bonheur véritable à ma vie, et non pas un plaisir éphémère. Ceci concerne tous les aspects de ma vie.

Le catholicisme constitue un exemple parfait puisque d’une part, son ordre moral contenu dans les écrits tant des pères de l’Église que dans les récits évangéliques et, d’autre part, les textes philosophiques grecques forment un trésor inestimable dans lequel j’y puise un certain discernement entre ce qui m’est réellement utile et ce qui est superflu pour le bonheur authentique. C’est-à-dire celui qui perdure dans le temps et l’espace.

Bon ! Assez discuter pour cette nuit. Je vais me doucher et faire dodo afin d’être en pleine forme pour demain. Merci de m’avoir lu.

RollandJr St-Gelais
Québec (Québec)
Canada

Titanic version québécoise

20180225_120417

Le Titanic version québécoise (Mont-Tremblant 25 février 2018)

Titanic version québécoise

Bonjour tout le monde,

20180225_120331Je poursuis la rédaction de mes articles concernant ma prestation surprise qui a eu lieu à Mont-Tremblant en vous parlant d’une pose que j’affectionne et qui peut être intitulée  » Titanic version québécoise ». Vous comprendrez sans aucun doute qu’il s’agit ici d’une point d’humour à l’égard de ce grand classique, peut-être même le plus grand dans l’histoire du cinéma, qu’est l’oeuvre gigantesque de James Cameron du « Titanic ». Véritable chef-d’oeuvre réalisé en 1997 et dont les critiques de cinéma et le grand public eurent que des éloges à l’endroit du réalisateur. Éloges pleinement mérités selon moi.

J’aime beaucoup réaliser une telle pose lorsque la20180225_113704 durée de travail, c’est-à-dire le temps alloué pour le maintien de telle ou telle pose, dépasse les 20 minutes. Pourquoi donc me demanderez-vous ? Trois raisons majeures m’incitent à prendre cette pose tirée d’une séquence des plus romantiques du film de James Cameron. C’est ce que je vous explique dans ce qui suit.

20180225_110858En premier lieu, l’aisance avec laquelle je peux tenir ainsi devant un groupe d’artistes, et ce peu importe leur nombre est sans aucune comparaison avec les autres positions pratiquées lors des séances. D’ailleurs, ladite pose a été faite après celle où je devais me tenir debout pour environ le même temps demandé. Souvenez-vous que je n’ai qu’un demi pied pour accomplir pareille tâche. Qu’à cela ne tienne, mon désir de me surpasser était plus fort que moi. Bref, une position plus confortable était plus que bienvenue.

En deuxième lieu, une telle position permet à l’artiste20180225_113726 de percevoir presque les moindres parcelles de mon physique avec une aisance incroyable. Mais, attention ! Ceci ne signifie aucunement qu’il y ait une forme quelconque de voyeurisme, ni d’exhibitionnisme. Deux réalités qui n’ont pas de place dans le domaine de la nudité artistique. Ceci écrit, l’artiste peut dessiner avec une plus grande aisance ce qu’il a envie de transposer sur papier pour son plaisir et pour celui de la postérité. Que voit-il ? Comment le voit-il ? Que peut-il bien découvrir et, surtout, que désire-t-il laisser sur son support ? Le rôle du modèle, et c’est là mon opinion, consiste justement à lui facilité la tâche.

En dernier lieu, une telle position me permet de me projeter dans le temps et dans l’espace. Autrement dit, mon âme quitte momentanément mon corps pour se retrouver en d’autres lieux et en d’autres moments de ma vie. C’est, si me permettez l’expression, exactement comme si je rêvais sans dormir et sans perdre la conscience d’être modèle pour un groupe. Être là sans y être tout à fait. La meilleur image qui me vient à l’esprit est celle de l’ermite qui du fond de sa grotte ressent le monde qui l’entoure sans quitter les lieux. Il est là sans être là, absent tout en étant pleinement présent.

En résumé, voilà bien une pose qui nous fait penser certes à une séquence cinématographique extraordinaire. Et pourtant, nonobstant ma petite point humoristique dans le titre du présent article, elle renferme toute une gamme de mysticisme. Un mysticisme vécu au plus profond de soi. Être en soi pour devenir plus prêt de l’autre.

Merci de m’avoir lu !

RollandJr St-Gelais

Québec (Québec)

Canada

L’attente

FB_IMG_1519410252367

Dessin de mon ami Eri kel de la France

L’attente

 

Quelle incertitude
Quelles turpitudes
Quelle tristesse de ne point voir
Et encore plus de ne point avoir.

 

Que fut donc mon passé?
Est-il réel ou bien imaginé?
Quel est mon actuel présent?
Celui où j’ai quitté la fureur d’adolescent.

 

Envie de plaire
Au risque même de déplaire
Quelle instant horrible
Nul part mentionné dans une bible.

 

Je suis là dans ce moment figé
Dans l’espace et le temps inchangés
Fuyant les fantômes et démons qui me hantent
Sans bouger, sans crier, sans même exister que par cette attente.

 

De

 

Rollandjr St-Gelais
Québec (Québec)
Canada

Crédule comme enfant

new-image-15

Crédule comme enfant

 

Crédule comme enfant qui ne résiste pas,
J’invente de l’espace pour y poser le cœur,
Et je prends cette place dans l’ombre du bonheur,
Une place que l’heure ne sonne pourtant pas.

 

Absurde comme enfant qui ne résiste pas,
J’admets tout cet espace pour y poser mon corps,
Et je prends cette place pour peu qu’on rêve encore,
À vie plutôt qu’à mort car j’existe et suis là.

 

Quoique ainsi façonné je ne résiste pas,
Je me joue de l’espace pour y poser mon souffle,
Et je prends cette place où la pudeur s’essouffle,
Suis beauté sans plagiat, oui j’existe et suis là.

 

Magnifique poème

 

par

 

Ghislaine Lavoie de Québec

Une présentation spéciale

306921418_1280x720

Une présentation spéciale :

Un entretien avec le modèle vivant Maria Clark

Bonjour tout le monde, J’espère que vous allez bien et que la vie soit bonne pour vous. De mon côté, tout va pour le mieux. En effet, j’ai eu la chance de visiter, une fois encore, la magnifique ville de Matane en Gaspésie. C’est l’une des régions à découvrir absolument si vous avez la chance de venir visiter mon beau coin de pays qu’est le Québec. Oui, Je suis fier de vivre au sein de cette contrée formidable où mes ancêtres ont bâti une nation forte et prospère et où il fait bon d’y vivre dans la paix et l’harmonie. Je profite de l’occasion pour souhaiter une bonne fête de la St-Jean-Baptiste à tous les Québécois sans oublier aux Canadiens-français qui célèbrent ce jour bien spécial.

Sous un autre ordre d’idées, et pour être dans la logique liée au thème central de ce blogue dédié à la nudité artistique, je vous présente une retranscription d’une interview réalisée avec le modèle nu Maria Clark. Il est important de retenir, en premier lieu, qu’un lien se trouve en bas du présent article afin de respecter le droit d’auteur et, en second lieu qu’une autorisation a préalablement faite auprès de madame Maria Clark laquelle a eu la gentillesse de l’accorder auprès de votre humble serviteur. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

 

ENTRETIEN : « Quand je pose, je ne me montre pas. Je suis ! »

Modèle d’art professionnel, artiste, performeuse, auteure, réalisatrice et fondatrice d’association, Maria Clark se livre corps et âme sur son métier de modèle et la philosophie qui le sous-tend.

Modèle d’art. C’est ainsi que l’on nomme les muses et modèles qui posent pour des peintres, sculpteurs, photographes et autres artistes plasticiens. Il s’agit d’un métier ancestral, mystérieux, parfois méprisé, souvent fantasmé. Depuis toujours, le corps, réinventé dans l’œuvre, sublimé par la couleur, la lumière et le matériau, transmet une émotion universelle. Cette émotion puise autant son origine dans le regard de l’artiste que dans le talent du modèle à proposer, investir et garder la pose. Car malgré une apparente simplicité, poser est un art qui exige de réelles qualités physiques, mentales, artistiques et humaines. Maria Clark, modèle d’art expérimentée, et convoitée, du milieu Beaux-Arts de la Capitale, a accepté de lever le voile sur son métier, sa passion.

 

Maria, vous êtes modèle d’art depuis plus de dix ans. Pourquoi ce choix ?


J’ai commencé à poser à 23 ans pour un peintre avec lequel je vivais. Plus tard, en 1995, je suis devenue modèle pour les ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris, puis en 2006, j’en ai fait une profession. Mon parcours est très éclectique. Je suis née en Angleterre. Mes parents et moi avons déménagé en France, dans le Gard, quand j’avais six ans. J’ai fait des études d’arts plastiques au lycée. J’ai aussi étudié la danse contemporaine et le cinéma à l’université, à Paris, et la philosophie de l’art à la Sorbonne, puis j’ai suivi une petite formation en médecine traditionnelle chinoise. Cette année, je me suis réinscrite en thèse d’arts plastiques. C’est surtout la danse qui m’a amenée au métier de modèle. Le lien entre peinture et danse, c’est le souffle, le vivant. Je suis une passionnée, et derrière mon éclectisme se cache une réelle cohérence dont les fils conducteurs sont l’art et le corps.

 

Quelles sont vos affinités et préoccupations artistiques ?


J’aime ce qui a du sens, du poids dans les propositions artistiques. Longtemps, j’ai aimé la peinture expressionniste, tourmentée. L’œuvre de Bacon également. Maintenant, j’apprécie les transparences et la légèreté, ça m’apaise. J’aime aussi l’art contemporain, les installations vidéo, les performances, tout ce qui traduit l’existence et le spirituel humain. Notre civilisation est imprégnée d’une culture gréco-romaine axée sur la notion de beau, avec ses canons esthétiques. Je pense qu’il existe une autre façon d’appréhender le corps humain que la représentation du beau. Ce qui m’intéresse, c’est la représentation du vivant. L’art de la pose est une énergie censée inspirer pour créer de la vie, et non uniquement pour représenter une figure.

 

Comment se déroule une séance de pose ?


Souvent, j’arrive en avance sur le lieu de pose, chargée de ma vie quotidienne. Je pénètre dans la sphère de l’atelier comme dans une bulle, un autre espace-temps. J’ai un quart d’heure pour me changer. J’enfile mon kimono derrière un paravent. Ce n’est qu’une fois sur la sellette que je l’ôte. La sellette c’est un espace intime qui appartient au modèle, et à lui seul. Le travail est différent selon que je pose pour des élèves, ou pour un peintre en privé. Avec un peintre, nous développons une réelle collaboration. J’ai travaillé de longues années avec Daniel Riberzani par exemple. Il me donnait une piste de départ, par des mots ou des idées. Je lui faisais alors une proposition, un mouvement lent que je faisais évoluer, un peu comme du Qi qong. A un moment donné, il m’arrêtait et la pose était choisie. En réalité, les poses ne sont jamais complètement figées. Il y a toujours des micro mouvements, ne serait-ce que par la respiration. Une séance de poses n’excède pas quarante-cinq minutes. Elle est ensuite suivie d’un quart d’heure de repos légal. Puis s’enchaine une nouvelle session de quarante-cinq minutes, et cela plusieurs heures durant. Le modèle est auteur de ses poses.  Ma force de proposition doit alors être inventive. J’aime alterner des poses en tension et des poses relâchées et m’en amuser. C’est important aussi de s’amuser parfois !

 

C’est difficile de tenir la pose ?


Même si l’on vient de la danse comme moi et que l’on possède certaines qualités physiques, ce n’est pas évident. Au début, je pouvais prendre des poses compliquées, en torsion, difficiles à tenir. Les articulations trinquent. Avec l’expérience j’ai appris à mieux gérer mon temps et mon corps.  Pour éviter de se faire mal, il faut bien se connaitre. La pose la plus difficile que j’ai eu à tenir c’était dans une école : la même pose assise, quinze heures par semaine,  pendant trois mois ! J’avais terriblement mal aux ischions! Les poses longues en positions allongées sont aussi difficiles parfois, car tout le poids du corps repose sur les mêmes points sous l’effet de la gravité. Dans une pose debout, on peut plus facilement réadapter son centre de gravité, même si, sur la durée, ça fait mal à la plante des pieds. Poser nécessite un ancrage, une bonne perception de l’espace, du temps, de la lumière également.

 

Dans quel état d’esprit le modèle pose-t-il ?

 

Il faut une forme d’humilité, c’est un don de soi au profit d’un processus artistique. Il n’y a donc aucun exhibitionnisme dans mon acte. Je dois m’adapter à l’environnement,  ressentir l’ambiance générale. Quand j’entre dans une salle où l’énergie est molle ou électrique, j’ai envie, par ma façon d’être, d’apaiser et d’inspirer les élèves. A la différence de certains modèles plus « comédiens », je n’entre pas dans la peau d’un personnage. Je suis au contraire pleinement moi-même. J’oublie mon intellect pour entrer dans une sorte de cocon méditatif. Mais chaque modèle a son style, sa façon de poser ! Dans la plupart des ateliers, l’univers est bienveillant. En tant que modèle, on est plutôt bichonné. Personnellement, je suis dans l’accompagnement : de même que Socrate, en tant que philosophe, aidait les gens à accoucher de leur esprit, je suis le soutien silencieux et immobile qui aide les gens à accoucher de leur créativité. Ce qui me motive, à la base, c’est l’humain.

 

De façon paradoxale, ce métier, en apparence impudique, a traversé les siècles avec pudeur…


Le monde des ateliers d’art est un peu secret, hors du commun. Pour moi, il existe une éthique derrière l’acte de poser. D’une façon générale, je combats tous les préjugés. Quand je pose, je ne me montre pas. Quand je pose, je suis. Le tabou de la nudité, c’est juste culturel et éducatif. On vient au monde nu, la nudité c’est une chose simple ! Ceux qui considèrent ce métier comme impudique devraient essayer de dessiner d’après modèle vivant. Ils oublieraient vite la nudité. Ce que l’on voit en dessinant, c’est le corps dans l’espace, son architecture, ce sont des directions…

 

Vous parlez d’“espace hors du temps”, d’“instant plus-que-présent”. Êtes-vous portée par une spiritualité particulière ?


Dans un sens, oui. Quand j’ai suivi mon initiation en médecine traditionnelle chinoise (MTC), la pensée taoïste m’est apparue très familière, conforme à mes intuitions. J’y ai retrouvé par exemple l’idée que notre corps est notre propre pays, la correspondance entre les cinq organes et les cinq éléments, celle entre microcosme et macrocosme, la notion de méridien, donc de réseau. Quand je pose, je suis une partie du grand tout. De même que la goutte d’eau contient l’océan, mon corps, c’est le monde. Ma limite, pour adhérer vraiment à la pensée taoïste ou bouddhiste, c’est peut-être la « juste mesure », la « voie du milieu ». Je suis une femme émotionnelle, bien trop passionnée !


Vous avez créé une association de modèles. Pourquoi ?


L’histoire a commencé en 2008 avec la suppression du cornet par la Ville de Paris, qui amputait jusqu’à 20% des revenus à certains modèles. On a alors demandé une revalorisation des salaires, que l’on n’a d’ailleurs obtenu qu’en partie. Les modèles, jusqu’alors isolés, ont commencé à se parler, à se réunir. J’ai ensuite fondé la Coordination des Modèles d’art, une association qui compte pour l’instant une trentaine de membres et un réseau plus étendu de 200 modèles francophones. C’est une association collégiale et nous avons plusieurs pôles d’actions. C’est un espace de réflexion et d’engagement pour définir le modèle d’aujourd’hui, le valoriser et améliorer ses conditions de travail. Nous sommes cinq bénévoles à en assurer le collectif d’administration.

 

Vous venez de réaliser un film sur l’art de la pose. Quand sortira-t-il ?


Le DVD de mon film, Le Modèle vivant déplié, sortira en septembre prochain. En 2012,j’avais déjà publié un livre, À bras-le-corps, qui parle entre autres de mon activité de modèle.  Là, j’ai eu envie d’éclairer ce métier autrement. Il s’agit d’un documentaire d’art qui aborde des thématiques essentielles comme le temps, l’espace, le nu, l’immobilité, l’histoire, l’univers des ateliers… J’ai réalisé six interviews de modèles de profession (trois hommes, trois femmes, de 30 à 70 ans), puis j’ai intégré une dimension plus esthétique de l’image, en y incluant une relation à la pose et à la peau. Je souhaitais re-contextualiser ce métier au sein de l’Histoire et lever le voile de l’ignorance. Que les gens découvrent les valeurs existentielles de cette activité et du processus de création qui l’accompagne.

 

Pensez-vous jouer un rôle dans la sauvegarde des valeurs humaines de notre époque ?


Le rôle de l’artiste est crucial. Je considère que la condition d’artiste constitue en soi une forme de résistance, de contre-pouvoir. Je me suis impliquée dans le combat sociétal par mon travail personnel. J’ai réalisé pas mal de performances et d’installations artistiques, en particulier sur les thématiques de la frontière et de l’exclusion. Aujourd’hui, je reviens au dessin et à la peinture, et mon propos est plus axé sur l’intimité et « l’insularité » de chacun. Ma préoccupation c’est l’être humain avant tout, son épanouissement, sa liberté et son positionnement dans la communauté. Ce qui me motive, c’est finalement la quête du bonheur de chacun… Tous les moyens, tous les médias, sont bons pour prôner ces valeurs.

 

Propos recueillis
par Marlène Eliazord

Source : http://redacsante.blog.lemonde.fr/2017/06/19/quand-je-pose-je-ne-me-montre-pas-je-suis/