Archive | 5 septembre 2021

Le plus beau des présents

Le plus beau des présents Poème de Rolland Jr St-Gelais Dessin par Yves Deniaud

Le plus beau des présents

 

Bonsoir madame,

Vous êtes bien à l’heure,

Pour notre plus grand bonheur,

Mettez-vous près du foyer où dansent les flammes.

 

Ne soyez pas gênée,

Enlevez vos vêtements,

Nous en aurons pour longtemps

Rassurez-vous, cela sera fait en toute intimité.

 

Puis-je vous offrir un verre?

Quelque chose pour vous réchauffer,

Afin que vous soyez détendue en cette soirée,

Une soirée qui étrangement me fait penser à l’hiver.

 

Ah ? Je vois que vous avez choisi votre pose.

Une pose qui démontre en mes talents une certitude,

Une pose bien simple qui respecte votre style bien prude.

Permettez-moi que j’installe mon corps fatigué de porter ses os.

 

Ce corps qui en a vu du pays,

Qui a parcouru des paysages variés,

En toutes saisons en hiver comme en été,

Et ces yeux qui ont découvert tant d’horizons infinis.

 

Je me souviens d’être allé déjà au pays du soleil levant,

Y avoir découvert des valeurs bien différentes des nôtres,

Celles dont j’ai appris à apprivoiser même si ce sont les vôtres,

Ces valeurs qui dureront encore très longtemps assurément.

 

Je n’ai jamais eu la chance de dessiner une femme de cette région,

Pourquoi donc? Me suis-je à quelques reprises questionné.

Peut-être parce que l’occasion ne s’était jamais présentée.

Quoiqu’il en soit, il y a tant d’autres questions.

 

Je vous regarde en cet instant,

Veuillez, de grâce, ne plus bouger,

Car je veux immortaliser votre beauté,

Votre corps magnifique est le plus beau des présents.

 

De

 

Rolland Jr St-Gelais

Québec (Québec)

Canada

Otohimé

Otohimé Poème de Rolland Jr St-Gelais Photo par Alain Modèle par Atsuko Poème inspiré de la mythologie nippone

Otohimé

 

Lorsque j’étais enfant,

J’adorais lire des histoires,

De ces récits jusqu’à tard le soir,

De ces légendes sur les mers et sur les océans.

 

Il y en a une parmi celles-ci,

Qui est restée en ma mémoire,

Et qui, parfois, reflète en moi, tel un miroir.

Qui en des temps de solitude me vient à l’esprit.

 

Une déesse vivait jadis dans les profondeurs des eaux,

Ayant pour compagnes de nobles créatures remplies de bonté,

Une d’entre elles fut, par un pêcheur, de son filet, libérée.

Elle s’en alla raconter à Otohimé à propos de ce geste si beau.

 

Sachant cela, Otohimé invita celui-ci dans son palais.

Où il pourrait rester aussi longtemps qu’il le voudra,

Homme modeste, y être pour quelque temps, il accepta.

Car sa femme et ses enfants seuls à ses yeux comptaient.

 

D’une âme si belle en un être humain, Otohimé s’étonna.

Après avoir vécu dans son palais sept jours et sept nuits,

Il demanda à la déesse l’autorisation de retourner chez lui.

Elle lui offrit un cadeau avant qu’en sa maison il retournât

 

« Prends cette boîte mon ami,

Ouvre-là seulement lorsque ton cœur,

Lorsque ton âme sera envahie par la tristesse et la peur,

Dès l’instant que tu l’auras ouverte, loin de toi seront tes soucis. »

 

Après avoir fait ses adieux,

Il monta à bord de son embarcation,

Il navigua vers une ancienne destination,

Une terre qui lui sera étrangère et sous de nouveaux cieux.

 

Aussitôt qu’il a mis les pieds à terre,

Tout lui était étrange, tant les êtres et les lieux.

Qu’était-il donc arrivé à ses amis, les jeunes et les vieux?

Point de quai de pêcheurs en son village devenu maintenant un enfer.

 

Il se demanda où était sa famille,

Qu’étaient devenus son épouse et ses enfants?

Tous le fuyaient en le dévisageant sans ménagement,

Ne savaient-ils pas qu’il avait navigué sans arrêt des milles?

 

Rempli d’une grande tristesse,

Il s’assit avec prudence sur le bord de la grève,

Se souvenant des paroles d’Otohimé comme dans un rêve,

Sortant alors la boîte de son sac avec une minutieuse délicatesse.

 

Il se rappela alors ces belles paroles,

Ouvrir cette boîte lorsque son âme et son cœur,

Tous les deux feront face à la désolation et à la frayeur,

Une fois ouverte, une nuée entoura l’homme telle une auréole.

 

Aux nouvelles télévisées,

On annonça la découverte d’un corps,

Un inconnu qui était depuis longtemps mort,

Fait étrange ! Il portait des vêtements de sept siècles passés.

 

De

 

Rolland Jr St-Gelais

Québec (Québec)

Canada