Somptuosité!

Somptuosité!

Parcourant gaiement les chemins de ma courte vie, je n’ai de cesse de me questionner sur la véritable saison digne d’être vénérée entre toutes. Quelle divinité dois-je secrètement invoquer afin de pouvoir y trouver réponse ultime?

Serait-ce Odin, le dieu de la froide Scandinavie, qui de son œil magique peut voir au-delà les Temps infinis le parcours de ses plus fidèles guerriers lesquels attendent le jour tant convoité où ils seront appelés à festoyer à son somptueux banquet?

Ne serait-ce pas plutôt l’impétueux Érôs, de la sage Athènes, qui de sa voix délectable et de son charme incomparable amène mes frères et sœurs, avec un plaisir presque coupable dans ses rêves les plus inavouables mais tellement intimes?

Devant une telle somptuosité, nulle doute que meilleur choix, si il en est un, est de leur poser avec humilité cette question : « Dites-moi! Laquelle d’entre vous, ô belles saisons, est vraiment digne d’intérêt?»

 

 

Magnifique printemps de ma tendre enfance!  Ô toi qui a vu le jour de ma naissance! Tu ressuscites dame Nature endormie telle une fiancée dans les bras de son amoureux, espérant recevoir son doux baiser et de lui faire l’amour avec une charnelle et éternelle passion.

Ta douce chaleur ravive avec une grande prudence l’eau de tous ces courants qui telles des veines raniment les forêts sortis tout droit d’un profond sommeil. Ô Quelle merveille!

Adorable printemps! Ta venue est pour les êtres sous les Cieux une véritable bénédiction des Dieux. Sans ta présence bienfaitrice, nous les fils des dieux indignes d’en porter même le nom, nous le serions.

Chaque jour, nous attendions ta venue avec le cœur joyeux. D’une main une lanterne et de l’autre le bâton du pèlerin, nous guettions les moindres signes de ta présence. C’est ainsi que pour un ami, on veille.

 

 

Admirable printemps! Saison des amours retrouvés! Admirable printemps! Temps qui renait encore et encore! Admirable printemps! Tu es l’image parfaite du Christ ressuscité vainqueur de la mort!

Certes, ta jeunesse n’est pas éternelle. Mais, elle est de tous les signes de la Création le plus bel exemple. Jeunesse de printemps! Amour de jeunesse!

Aucune fortune que possède Midas, aussi riche soit-il, ne peut acquérir une infime parcelle de ta grâce car elle vaut tout son pensant d’Or.

Bien des empereurs de ce monde donneraient leurs empires afin d’éviter, ne fut-ce qu’un seul instant, leur redoutable vieillesse.

 

 

Bel été! Mon cher et fidèle ami. Comment puis-je rendre grâce avec justesse à ta réelle majesté?

Ta verdure, tu l’étends des plaines sibériennes jusqu’à la plus profonde des forêts boréales.

Les parfums des milles fleurs inondent de leurs présences les chemins des troubadours qui chantent avec joie leurs mélodies ancestrales,

Tandis que les amoureux vont ramasser durant leurs ébats les marguerites afin d’égayer leurs heureuses maisonnées.

 

 

Ô pur été! Grâce à tes bienfaits, nul gêne de vivre une chaste nudité.

Le bleu de ton Ciel nous rappelle notre origine : l’amour de nos premiers parents.

Sous ton soleil, tous les hommes sont égaux car tu fais pousser leur précieux blé dans les prés.

Sans toi, toutes vies seraient englouties sans ménagement dans les forces infernales du Néant.

 

 

Mirifique automne! De tes couleurs, qui rendraient jaloux tous les arcs-en-ciel, tu embellis tellement nos vies.

De tes langoureuses romances, tu diriges les amants  vers le lit nuptial où se conjuguent les nombreuses inclinaisons d’un seul et même verbe: aimer.

De ce lieu de repos, tu en fais un nid de plaisir qui ferait pâlir les anges et les archanges d’envie.

Sous ton œil bienveillant, les amoureux s’élancent d’une étreinte à peine voilée pour de leurs corps se fusionner.

 

 

Automne! Tu es loin de cette monotonie tant décriée par les Vers et les laines.

De toutes les saisons, c’est toi qui apporte à nos âmes la quiétude face aux mois à venir.

Tes feuilles multicolores préparent notre vieille terre à recevoir le manteau blanc qui la recouvrira bientôt sans aucune gêne.

Les fraîches nuits avertissent les plus braves des hommes de bien se prémunir contre le froid qui leur semblera ne plus finir.

 

 

Hiver de nos ancêtres! Hiver québécois! Hiver bien de chez-nous! Tu fais notre force et notre fierté car il faut être fort et vigoureux pour traverser avec toi le temps.

Temps de jadis où nos ainés relevèrent manches et haches pour défricher ce vierge pays.

Débrouillardise et courage imprégnèrent leurs caractères. Volonté et abnégation faisaient partie de leur pain béni.

Temps dur et pourtant tu es le témoin de la venue de l’enfant-roi qui nous manifesta sa divinité en s’incarnant tout simplement.

 

 

Tu es sans contredit ma saison préférée puisque tu es la seule à faire lever des nuages de diamants par tes titanesques vents. 

Devant cette grâce que Dame nature offre à mes yeux étonnés par tant de force, de majesté et de rayonnement.

Jamais de ce paysage blanc, je ne me languis de contempler tel un enfant devant le sapin une si  noble parure.

De tous les fils de la nature, nulle doute que monsieur hiver est le seul qui manifeste autant à ses sujets de la royauté, ta véritable nature.

 

 

Je cours allègrement sur cette neige poudreuse, ne craignant pas d’être un fou devant les yeux de tous ces gens jaloux de mon cœur puéril.

Oui je gambade sous le soleil sans ménagement car, qui sait?, demain serai-je parmi le monde des vivants et de ne craindre ni les dieux, ni les démons?

Au buffet de la vie, je me rassasie de sa variété, toujours en savourant avec délectation ces péchés si mignons.

En éprouver de la honte, de la tristesse ou de la mélancolie? Loin de mon esprit une telle futilité car à chaque jour apporte ses joies et ses peines. Tout a son prix et rien n’y est vil.

 

 

Des laudes jusqu’aux vêpres, mes pensées sont tournées vers cette épreuve cruciale: laquelle d’entre vous, ô belles saisons, mérite sur le podium de l’excellence d’en gravir le sommet?

Serait-ce toi vigoureux printemps de mes amours perdus et de mes plus tendres promesses? En grimper les marches, tu en es capable. Sûrement, tu le sais.

Bel été de jadis, tu es le témoin de mes plus aventures les plus sensuelles. Tu porterais la palme d’or, tel un sage élu, j’en suis plus que convaincu.

Que dire de toi, ô fastueux automne, qui de ses couleurs vives pavoise nos existences bien éphémères? Heureux ceux qui ont admiré tes vivaces aquarelles sans jamais ne les perdre de vue.

 

 

Et toi?  Admirable hiver! Saison des froides nuits où courent les mains volages sur les corps des femmes amoureuses étendues  sur leurs tapis d’ivoire, rêvant à leurs amants au sang chaud.

Tes jours ensoleillés sont, il est plus que vrai, courtes mais tes crépuscules sont des prometteuses escapades dont leurs souvenirs resteront dans la mémoire des fiancés de joyeux moments à jamais inoubliables.

Oui, bel hiver de mon cœur! Tu es à mes yeux la saison élue entre toutes. Car, nous te retrouvons au sein des plus hautes montagnes. Là même où résident les dieux et où tombent tous ces flocons, tout là-haut.

C’est à toi et à toi seul que je remets la palme d’or. Ce signe de ta grâce et de ta puissance, qui oserait me contredire?, tellement ineffables.

 

 

Fin

Rolland St-Gelais

Québec (Québec)

Canada

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