Archive | 1 décembre 2013

Je t’aime… moi non plus

Ce sont de très belles photos pour un grand classique de la chanson française.

La nudité et la prise de conscience sociale

Bonjour,

Nous vivons à une époque où les notions de beauté, de santé, de jeunesse et de bonheur semblent être un pré-requis pour l’ensemble

Rolland St-Gelais

Rolland St-Gelais

de la société. Nous sommes tous et toutes d’accord, enfin je présumes, que chaque personne a le droit au respect en tant qu’être humain. Droit qui ne peut en aucun cas lui être enlevé. Mais qu’arrive-t-il si la maladie, la vieillesse, les imperfections physiques et le malheur s’abattent sur celle-ci? Devienne-t-elle pour autant un être inhumain, un paria de la société ou bien un … intouchable? Qu’arrive-t-il si la maladie qui nous affecte est pour plusieurs synonyme de punition divine et un prétexte au rejet tant social que familial? Comment nous voyons-nous en tant que personne? Tel reflet de notre corps le miroir nous renvoie-t-il? Tel est notre lien face à la nudité, celle de l’autre, mais aussi la nôtre? Toutes ces questions sont liées de près ou de loin aux préjugés dont sont victimes les personnes atteintes du sida. D’ailleurs, rappelons-nous que la maladie quelle qu’elle soit ne plait pas à quiconque. Ce qui est tout à fait normal puisqu’elle nous renvoie à notre vulnérabilité laquelle est d’autant plus visible dans notre nudité.

La nudité face à la maladie

La nudité face à la maladie

En cette journée du 1er décembre, journée consacrée au Sida, j’ai décidé de vous parler de la nudité vu sous l’angle de la maladie. Non pas pour susciter en vous une quelconque forme de pitié, mais plutôt permettre une prise de conscience de notre propre faiblesse, de notre impuissance mais aussi de notre pleine et entière humanité à la fois face à la maladie et à notre nudité. Je reconnais que j’aurais pu rédiger un tel article à n’importe tel autre jour de l’année. J’ai tout de même choisi de le faire en cette journée unique qu’est le 1er décembre puisque d’une part, les préjugés abondent envers les victimes de cette terrible maladie et que, d’autre part, la majorité des maladies mortelles peuvent, fait étrange, susciter plusieurs préjugés à l’égard des gens qui en sont atteints.

La nudité nous renvoie souvent à ce que nous sommes réellement au plan physique avec nos forces et nos faiblesses, nos « avantages » et nos « imperfections », nos rêves et nos désillusions. Bien entendu que nous sommes tous et toutes soumis-es aux pressions médiatiques, aux modes plus ou moins éphémères, aux jeux de rôles liés à notre appartenance sexuelle. De plus, les critères de perfections et d’attirances physiques varient d’une société à l’autre et d’une époque à une autre. Nos beautés actuelles tant glorifiées dans les revues de mode, d’arts ou d’érotisme passeront certes tout à fait inaperçues en d’autres lieu et en d’autres temps. Une chose est tout de même plus que certaine: la maladie n’est pas, et ne sera jamais, un critère de beauté, ni d’attirance en quelques périodes historiques que ce soit.

Et, pourtant, une personne atteinte d’une maladie peut être aussi belle qu’une autre en santé. Je me souviens, à titre d’exemple, la

La vision de la nudité a plusieurs facettes

La vision de la nudité a plusieurs facettes

fois où j’allais faire du bénévolat dans un centre de personnes du troisième âge. J’avais remarqué toute l’attention que les membres du personnel prodiguaient aux pensionnaires, en particuliers aux femmes, dans leur soins de beauté, entre autres lorsqu’elles allèrent au salon de coiffure. Croyez-moi sur parole! Je ne me gênais aucunement pour les complimenter non seulement sur leurs coiffures, mais également sur leurs tenues vestimentaires. Et pourquoi ne l’aurais-je pas fait? Une femme a le droit d’être complimentée et d’être gratifiée peu importe son âge. L’âge peut certes faire son œuvre sur le corps de la personne, cependant cette dernière possède avant tout une âme et un cœur dont l’expérience de la vie peut, hélas, la rendre  aigrie. Voilà pourquoi une parole douce et sincère agit parfois comme un baume des plus efficaces sur bien des blessures invisibles pour l’œil, mais combien douloureuses pour celles qui en sont atteintes.

Question philosophique!

Question philosophique!

Toutefois, il y a des blessures qui sont bel et bien visibles et dont personne ne peut rester indifférente face à la souffrance qu’elles occasionnent, en particulier, chez les êtres qui leur sont chères. Je me rappelle, triste souvenir, les années où ma mère était allée suivre des traitements de radiothérapie dans un centre médical de Québec pour combattre un cancer des poumons vers le milieu des années 1990.

Son corps transpirait la souffrance, la douleur et la crainte face à la mort, à … sa mort. Comment percevait-elle sa nudité dans une telle situation? Quelle image son miroir lui renvoyait-elle? Pouvait-elle se trouver belle à ses propres yeux et, de surcroit, comment se voyait-elle dans les regards des autres? Ce sont-là des questions que j’aurais bien aimé lui poser de son vivant, mais que je n’ai pas osé le faire à la fois par un principe de respect et de pudeur à son égard.

Oui, vous avez bien lu! Le respect et la pudeur ont une place de choix dans la nudité absolue puisqu’elle renvoie vers un chemin quelque peu sinueux de notre conscience la plus profonde et qui nous invite à trouver un sens logique à cette question fondamentale que chaque être humain dit « évolué » est dans l’obligation de résoudre du mieux qu’il le peut: « Qui suis-je face à cette éternité? » Question que bien des philosophes grecques, pour qui la nudité n’était point un crime, ont essayé de trouver une réponse légitime et satisfaisante. Un défi colossal!

J’ai eu l’idée, vu que je ne peux absolument pas parler au nom de la gente féminine, de demander à ma chère amie et collaboratrice

Un point-de-vue féminin

Un point-de-vue féminin

Marlène de me donner son opinion sur la nudité face à la maladie. Une opinion qui, je le pense sincèrement, mérite amplement d’être publiée dans son intégralité puisqu’elle résume bien la complexité du sujet.

Elle affirme avec une grande sincérité que « la nudité est souvent et cruellement touchée par la maladie. C’est une réalité indéniable que très souvent le corps change et pas toujours pour le mieux. Alors, s’installent des complexes sur la nudité, sur sa nudité! Que ce soit pour faire face à son conjoint, pour simplement se mettre nue devant son médecin ou encore pire face à soi-même, le résultat est que ce corps ne semble plus être le nôtre. Nous en avons perdu le contrôle, surtout l’on pense à toutes les exigences que notre société a envers la perfection corporelle, et ce, sans oublier les critiques et les préjugés qui peuvent tuer une âme plus ou moins sensible. J’aimerais juste dire pour finir que si le monde savait et pouvait seulement essayer de comprendre, il y aurait plus d’amour, de compassion et de respect. Voilà! » Ma chère Marlène, je te remercie infiniment d’avoir pris quelques instants pour partager ton point-de-vue sur un tel sujet.

Avec la collaboration de mon ami américain

Avec la collaboration de mon ami américain Kenneth W. Oliver

Quelle image avons-nous de la nudité lorsque notre corps est atteint d’un handicap physique dit « apparent »? Peut-on seulement comparer les deux situations puisque l’on est pas forcément atteint d’une maladie grave lorsque l’on vit avec un handicap physique? Je vous répondrai, et c’est-à mon humble opinion, qu’il y a un certains lien entre les deux. En effet, il m’est arrivé en quelques occasions que certaines personnes me questionnent, sans aucune méchanceté, sur ma maladie connaissant fort bien la cause réelle de ma situation physique. Soyez rassurés-es! Cela ne me choque pas du tout. Bien au contraire! J’en ai plutôt développé un humour des plus particuliers.

Je me permets donc de répondre à cette question: « Comment vois-je ma nudité? Quelle image

Un ami et collaborateur K. W. Oliver

Un ami et collaborateur K. W. Oliver

mon miroir me renvoit-il? Comment vois-je le regard des autres sur mon corps? Et…. les médias? Quels rôles ont-ils joué dans la perception physique de ce corps… de mon corps? Comment les femmes le voient-elles? Comme un être asexué? Comment les hommes qui m’entourent le perçoivent-ils? Quelles leçons puis-je retirer de mon vécue? Ce sont des questions auxquelles il me fait grandement plaisir de répondre, non pas dans une forme quelconque de complaisance, mais plutôt par un souci de transparence et, par un effet de contrecoup, de briser des tabous encore présents dans notre société.

Miroir! Miroir!

Miroir! Miroir!

Comment vois-je ma nudité? Elle est tout simplement magnifique puisqu’elle témoigne à elle seule de l’apprivoisement que j’ai eu à accomplir à l’égard non seulement des autres, mais de moi-même. Il est très facile de mentir aux autres, mais il est pratiquement impossible de mentir à soi-même. Certes, il m’a fallu du temps à voir en moi une beauté. Or, cette beauté fait de moi ce que je suis, qui je suis et elle m’appartient en propre. Nul ne peut me l’usurper! Il en est de même pour chacun et chacune d’entre nous. Quelle image mon miroir me renvoit-il? Celle pour laquelle je veux bien qu’elle me renvoie. Non, je ne suis pas un Adonis grecque. Ce qui ne veut pas dire qu’il m’est interdit d’améliorer mon apparence. Une bonne douche, suivie d’un rasage et de beaux vêtements font de n’importe quel homme quelqu’un de présentable. N’est-ce pas?! Comment vois-je le regard des autres sur mon corps? À vrai dire, cela m’importe peu car il est futile, voir néfaste, de vouloir à tout prix plaire à tout le monde. Une telle futilité réside dans le fait que l’on ne peut pas plaire à tout-un-chacun. Il est aussi néfaste puisque chaque homme qui veut plaire absolument à tout le monde risque de perdre non seulement sa personnalité et son individualité mais aussi son âme.

Il est maintenant plus que temps de parler du rôle des médias dans la perception de ma différence physique. Un rôle qui a été

Merci à Nathalie de Bourget

Merci à Nathalie de Bourget

parsemé de haut, mais aussi à mon fort regret, de bas. Il n’est pas de ma volonté de ressasser certains événements de mon passé. Oui, il y a eu plusieurs éléments qui m’ont été somme toute plus que bénéfiques alors que d’autres, moins nombreux Dieu merci!, m’ont blessé. Oui, je suis au courant que d’autres publications sur la Thalidomide auront lieu dans les prochains mois, si ce n’est pas les prochaines semaines, mais je vais y penser à deux fois avant de m’y impliquer. La raison est simple: il est pour moi plus que nécessaire de préserver mon bien-être psychologique. Désolé! Je ne peux pas en dire plus. Cependant, tout ce que je peux vous dire c’est que j’ai le devoir de préserver mon corps contre toutes formes d’exploitation médiatique.

Voici maintenant des questions que je qualifierais de très intimes: Comment les femmes voient-elles ce corps? Comme celui d’un être asexué? Et, comment les hommes qui m’entourent le perçoivent-ils à leur tour? Ce sont-là des questions qui sont d’une complexité extrême pour le simple fait que je n’ai jamais pris le temps  de m’installer au coin d’une rue dans l’optique de réaliser un sondage sur le sujet. Je blague! À vrai dire, et blague à part, ces personnes peuvent voir mon corps comme elles le veuillent puisque de mon côté j’en fais tout autant. Bref, je n’oblige pas qui que ce soit de me désirer tout comme les autres ne me forcent en aucune façon de les vouloir dans mon lit. Il y a de tout pour tous les goûts en ce monde.

Ne pas se laisser écraser par les dictats sociaux

Ne pas se laisser écraser par les pressions sociales: une affaire de toute une vie

L’essentiel est de s’en tenir à notre ligne de conduite et surtout de ne pas se laisser interférer dans nos choix par les dictats sociaux. Être honnête d’abord et avant tout avec notre meilleur compagnon de vie, c’est-à-dire soi-même, c’est tout ce qui compte réellement.

Enfin, quelles leçons puis-je retirer de mon vécue? Je vous dirais tout d’abord, après avoir longuement réfléchi sur le sujet, que chaque personne est un être humain qui mérite la pleine reconnaissance de son humanité et ce, peu importe sa condition existentielle. Celle-ci est liée de manière intrinsèque à sa nudité puisqu’elle la suivra depuis l’aube jusqu’au crépuscule de sa vie. Elle lui rappelle constamment sa sensibilité, sa vulnérabilité et son caractère éphémère. Ensuite, que rien n’est acquis de manière définitive. Ce qui est d’autant plus vrai pour les éléments essentiels à notre bonheur dont la santé occupe une place de choix. Un vieil adage chinois affirme que l’homme gaspille sa santé pour obtenir de l’argent, mais qu’il sera un jour obligé de le dépenser pour ravoir sa santé. D’ailleurs, si mon vécue m’a enseigné une chose, une seule chose, c’est bien que la vie est tout-à-fait formidable et qu’il faut à tout prix la préserver. C’est, vous n’êtes aucunement obligés de me croire, ce que je me dis chaque fois où je me douche. Ma nudité me rappelle que je suis un être semblable à vous, comme vous l’êtes vous aussi envers moi.

Conclusion

J’ai choisi de publier cet article le 1er décembre à exactement minuit, 6 heures à Paris, pour souligner à ma façon la lutte non

Tunick Spencer

Tunick Spencer

seulement contre le sida, mais également contre toutes formes de préjugés et d’exclusion sociales liées de près ou de loin envers les gens atteints de maladie. Et, pour se faire, je me suis inspiré du photographe américain spécialisé dans la nudité de groupe du nom de Tunick Spencer. En réalité, je partage sa passion pour le nu artistique car il s’agit peut-être, et c’est-là mon humble avis, du dernier bastion d’une véritable liberté de conscience présente encore dans notre société, mais pour combien de temps?, contre toutes formes de domination venant des conglomérats formés par les médias de masse.

Cette journée mondiale de lutte contre le Sida me rappelle jusqu’à tel point notre société, dite moderne et hautement technologique, a réussi en un tour de mains digne des plus grands magiciens de tous les temps à médicaliser, à incuber et à mettre en avant-plan des machines sophistiquées tout en déshumanisant les rapports entre les bien-portants et les gens atteints de maladies incurables.

Par ailleurs, on réclame à grand cris l’addition de somme monétaire pour désengorger nos hôpitaux ou encore pour de meilleurs soins.  Je ne doute pas un seul instant de la bonne intention de ceux et de celles qui réclament de telles sommes additionnelles. Toutefois, je suis persuadé qu’un changement dans nos regards non seulement face à la maladie en tant que tel, mais davantage à l’égard des gens atteints par des maladies graves et souvent mortelles est un pré-requis pour trouver des pistes de solutions, disons-le franchement, plus satisfaisantes au plan humain que de simples appareils médicaux aussi utiles puissent-ils être dans les soins prodigués. Un tel changement peut se faire par une nouvelle perception de la nudité. Celle de soi, celle des autres et celle de nous tous en tant que membres de la communauté humaine.

Bref. la maladie nous éloigne certes les uns des autres. Par contre, une nouvelle vision de la nudité peut jeter des ponts entre chacune des personnes bien-portantes ou pas. Elle peut aussi nous aider à mieux nous connaître et à s’accepter davantage tels que nous sommes et, ainsi, d’être plus en mesure d’affronter des épreuves vraiment difficiles à vivre. C’est ce que j’ai voulu expliquer dans cet article.

Merci de m’avoir lu.

Rolland St-Gelais

Québec (Québec)

Canada